|
|
|
|
 |
Peter Lempke: l'amélioration du regard occidental sur l'orient islamique
1. Peter Lempke, est le bibliothécaire de la bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth. Sa relation avec cette ville a commencé quelques jours avant l'invasion israélienne, lorsqu'il a été invité en 1982 par l'Université Américaine du Liban pour assister à une conférence. Lama a effectivement assisté aux premiers jours de l'invasion et a été obligé à quitter Beyrouth à cause de la guerre. Deux ans plus tard, en 1984, Lempke regagne Beyrouth où il va rester pendant trois ans et travailler comme bibliothécaire de la Bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales. Trois ans plus tard, un autre incident va obliger Lama de quitter Beyrouth de nouveau. Il s'agit de l'arrestation en 1987 d'un groupe de Libanais à l'aéroport de Francfort. Cette fois-ci, il part en Istanbul, croyant qu'il n'y resterait que quelques jours, mais à l'encontre de ce qu'il avait prévu, Lama va rester à Istanbul jusqu'au milieu des années 90. Il fonde là-bas une bibliothèque s'affiliant toujours à l'Institut Allemand des Etudes Orientales. En 1995, il rentre à Beyrouth pour s'y installer définitivement. Il est toujours le bibliothécaire de la Bibliothèque de l'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth et d'Istanbul.
Peter Lempke a reçu son doctorat en sciences islamiques de l'Université de Colon. Il réfère son engouement pour la culture islamique à son éducation qu'il a reçue dans le cadre d'un système d'éduction européenne centrale et stricte qui ne lui a permis que de connaître la culture européenne, ce qui était insuffisant pour lui pour qu'il puisse comprendre le monde. Par conséquent, il a trouvé indispensable le fait d'étudier une autre culture qui ne soit pas européenne et il a choisi la culture islamique pour sa richesse.
Lempke raconte son premier voyage. Il avait vingt ans. Lors de ce voyage, il a visité le Caire, puis le Soudan où il a passé trois mois à parcourir les quatre coins de ce pays. Lempke croit que c'est grâce à cette première expérience qu'il a commencé à s'intéresser au monde arabe et par conséquent à visiter certains de ses pays dont le Maroc, le Yémen, la Jordanie et les Emirats Arabes Unis. Il s'est également rendu dans d'autres pays orientaux tels que l'Inde et la Chine afin notamment de comprendre leurs communautés musulmanes.
L'Institut Allemand des Etudes Orientales de Beyrouth est considéré comme un centre d'études pour les étudiants allemands à Beyrouth. Il est le seul dans son genre dans la région. Dans un des locaux de cet institut, Lempke nous explique son travail qui consiste à fournir les livres, les recherches et les références nécessaires aux chercheurs. Il rassemble des manuscrits et des documents. Sa bibliothèque renferme plus de 130 recueils. Il fait un travail acharné afin de fournir aux chercheurs et aux étudiants provenant d'occident des livres et des journaux publiés dans le monde arabe et qui ne sont pas disponibles en occident. Pour pouvoir accomplir cette tâche, il ne cesse de se déplacer entre Beyrouth, Damas et le Caire. Il se rend également de temps en temps à Sanaa, à Casablanca et à Tunis. Il a toujours une mission essentielle, celle de visiter les librairies et les foires pour y acheter des livres. Grâce à ce travail acharné, la bibliothèque dont il s'occupe est devenue l'une des bibliothèques les plus importantes parmi les bibliothèques spécialisées en matière de proche orient. Elle est fréquentée par les chercheurs occidentaux et arabes.
Lempke souligne que son choix de livres n'impose aux chercheurs aucune vision ni aucune méthode, affirmant que la bibliothèque fournit toutes les idées, celles de gauche comme celles de droite, celles de laïcs comme celles de fondamentalistes.
Il souligne également que la bibliothèque ne s'intéresse pas seulement à la culture islamique mais qu'elle s'intéresse aussi au christianisme oriental et que dans ce registre, la bibliothèque possède des ouvrages authentiques écrits dans ses langues d'origine: copte, syriaque et éthiopienne.
En montrant les collections de journaux que possède la bibliothèque, Lempke met l'accent sur l'effort qu'il a déployé pour doter la bibliothèque d'une collection de journaux portant notamment sur la cause palestinienne, affirmant que la bibliothèque possède une des meilleurs collections de journaux politiques palestiniens. Grâce à ces efforts, Lempke a réussi à acheter une collection d'exemplaires du journal palestinien Al Thawra, il s'agit d'une collection très rare, notons que la plupart des exemplaires de ce journal ont été détruits, lors de la guerre civile libanaise.
Les loisirs de Peter Lempke, en tant qu'intellectuel, ne sont pas loin de son travail et de sa carrière. Il est fasciné par la collection de photos originales et de cartes postales anciennes. A cet égard, il souligne qu'il possède une des meilleures collections de cartes postales qui étaient l'un des éléments de la propagande durant la première guerre mondiale. Par ailleurs, il est fasciné par l'écriture islamique. Outre sa collection de cartes postales, Lempke possède une collection de peintures orientalistes originales. Il estime que ce genre d'art avait une grande influence sur le regard de l'occident à l'égard de l'orient. Il explique que ces peintres occidentaux dits "Orientalistes" sont arrivés en orient pendant les 18ème et 19ème siècle, ayant une seule pensée qui se résume à ce que l'Europe est la terre de la lumière, de la raison et de la justice, alors que l'orient est la terre des ténèbres, de l'immoralité et de la tyrannie. Dans une première phase, ils ont illustré l'expansion de l'occident en direction de l'orient. Mais l'orient les a aussitôt fait rêver et leurs peintures sont devenus l'incarnation de leurs rêves. Dans une phase suivante, les particularités de la vie quotidienne en orient sont devenus un des thèmes fétiches de leurs peintures. Mais leur première pensée était toujours dominante. Dans leurs peintures, ils ont notamment illustré des thèmes teintés par cette pensée, tels que l'aspect mystérieux de la femme orientale, l'autorité tyrannique en orient, la vie en ville, dans la campagne et dans le désert…
Grâce à l'évolution des technologies de l'impression, ces peintures ont été reproduites de grande envergure et leurs prix sont devenus bons marchés.
Ce qui a fait qu'avec le temps, ces peintures sont devenues très courantes et au fil des jours elles ont constitué une partie marquante de la mémoire collective occidentale qui garde toujours l'ombre de la première pensée des orientalistes à l'égard de l'occident. C'est justement cette pensée que Peter Lempke œuvre pour améliorer.
" Les gens créent leurs identités. Ils s'inspirent de leur héritage mais ils lui rajoutent leurs propres expériences" estime Peter Lempke. Quand on s'exclame en lui demandant comment il vit dans un endroit aussi dangereux que Beyrouth, il trouve dans cette exclamation une chance pour expliquer que la situation sur le terrain est différente de ce qu'on croit en occident et qu'il n'est pas entouré de terroristes comme on le croit. Peter Lempke conclut en affirmant qu'à Beyrouth comme partout dans le monde arabe, il se sent chez lui tranquille et serein.
Date de diffusion: le 13 janvier 2006 sur Al Jazeera News.

Christian Leblanc: Le passionné de l'Egypte et de son héritage
Christian Leblanc est venu s'installer en Egypte en 1973, sans jamais croire quand même, que son séjour dans le pays des pharaons allait durer aussi longtemps, et que l'Egypte allait lui énormément manquer, à chaque fois qu'il se rendait en France, son pays natal, pour certaines affaires. Tout a commencé à l'âge de 12 ans, c'était justement à cet âge là que la passion de Christian Leblanc à l'égard du patrimoine Egyptien, était née. Mais sa première visite en Egypte n'a eu lieu que plusieurs années plus tard, entre 1970 et 1971. Lors de cette visite, il a fait la connaissance du célèbre égyptologue français, Serge Sauneron, directeur de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO) à cette époque là. Pour Leblanc, Sauneron est aussitôt devenu un exemple à suivre. Leblanc est revenu en Egypte en 1973, pour travailler au Centre d'Etudes et de Documentation de l'Archéologie de l'Egypte Pharaonique.
Il avait 12 ans, lorsqu' a été lancée la campagne internationale de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine archéologique de la Nubie, dans les années 60. Quand il a écouté le discours du ministre français de la culture à l'époque, André Malraux, dans lequel il annonçait l'appel de l'UNESCO à la sauvegarde du patrimoine archéologique de l'Egypte, il a immédiatement pris part à cette campagne en collectant des dons de la part de ses collègues à l'école et il les a envoyés au siège de l'UNESCO à Paris. Le directeur de l'UNESC0 à l'époque, lui a envoyé une lettre de remerciement, tout comme le secrétariat du président égyptien Gamal abdel Nasser, qui l'exhortait à continuer à s'intéresser à la civilisation pharaonique.
Après avoir fini ses études scolaires, Leblanc s'est joint à l'Ecole du Louvre. Une fois diplômé, il a travaillé au musée du Louvre, et c'est ainsi qu'a commencé sa carrière d'égyptologue. Il a ensuite obtenu son magistère d'histoire, puis son doctorat d'histoire ancienne. Il a également obtenu plusieurs autres diplômes dans le domaine de l'égyptologie, sans oublier son apprentissage de la langue de l'ancienne Egypte.
Tout au long de sa carrière d'Egyptologue en Egypte, il a travaillé sur plusieurs sites importants, notamment la vallée des reines, située au bord ouest de Louxor. Leblanc a travaillé pendant une vingtaine d'années sur ce site, qui était encore vierge au niveau de fouilles et de découvertes archéologiques. Il a découvert 80 tombes jamais découvertes avant lui, mais qui ont été pillées à plusieurs reprises dans les temps anciens ou encore par des voyageurs dans le moyen âge.
Après la fin de sa mission dans la vallée des reines, Christian Leblanc a voulu poursuivre ses recherches historiques et archéologiques sur la famille de Ramsès II. Il s'est alors transformé en 1991, vers le temple de Ramseum, qu'il considère comme une matière extraordinaire pour les études archéologiques. Il a commencé le travail par l'élimination de la poussière qui s'est accumulée au fil du temps sur les gigantesques colons du temple, dissimulant ses ornements et ses couleurs magnifiques. Cette opération d'élimination de la poussière a nécessité le recours à des outils et des instruments extrêmement rigoureux et sophistiqués. La mission du temple de Ramseum est toujours en cours, avec la collaboration d'égyptologues égyptiens.
Au sein du temple de Ramseum , en plein chantier, entouré d'ouvriers égyptiens, Christian Leblanc nous parle de son estime à l'égard des ouvriers égyptiens passionnés et qualifiés. Il souligne que ces ouvriers reçoivent régulièrement des formations spécialisées à travers des égyptologues français, dans les domaines de la sculpture, de la taille de pierres et de la restauration archéologique.
Les ouvriers égyptiens qui travaillent avec Christian Leblanc, sont issus de familles qu'il connaît depuis longtemps. Ils étaient enfants quand leurs pères, étaient eux aussi ouvriers sur le chantier de Leblanc. Il a vu ces enfants grandir sous ses yeux, jour après jours, jusqu'à ce qu'ils ont terminé leurs études. Et tel père tel fils, ils ont joint à leur tour, la mission archéologique de Leblanc. Ils sont au nombre de 130. Parmi eux, Christian Leblanc se sent en famille.
Christian Leblanc commence sa journée de travail vers cinq heures du matin, afin d'éviter la chaleur suffocante après-midi. Il travaille sur le chantier pendant six heures. Il se rend ensuite chez lui, où il continue à travailler pour encore quelques temps. Il s'agit de noter les remarques quotidiennes concernant le chantier.
De longues années passées en Egypte, au cours desquelles, Christian Leblanc a vu le pays des pharaons changer et s'évoluer. Il adore son air libre, mais l'aspect qui impressionne le plus Christian Leblanc en Egypte, c'est que la jeunesse constitue la majorité de la population, et la jeunesse c'est l'espoir.
Date de difusion: Premier Juillet -2005

Marie Louise Belaraby
Marie Louise Belaraby, est née à Montpellier au sud de la France. Elle est la quatrième fille d'un médecin catholique et une mère protestante. Le mariage entre catholiques et protestants était très rare à cette époque là. Marie Louise est issue d'une famille intellectuelle. Elle avait 18 ans, quand elle a décidé d'aller étudier l'édition et la bibliothécologie, à Paris. C'était au début des années 50. Une fois diplômée, elle a travaillé comme secrétaire à la maison d'édition Julliard, pendant 8 ans, avant de rencontrer son mari d'origine marocaine. A cette époque, la maison Julliard éditait des livres pour des écrivains d'origine maghrébine, notamment ceux qui ont choisi la France comme pays d'exil. Elle a rencontré celui qui serait son mari, chez des amis. Le jeune homme était là sur son fauteuil en plein sommeil. Elle a demandé: "Qu'est ce que c'est ça?! N'a-t-il pas honte?!". Mais une fois réveillé, elle l'a trouvé charmant. Ils sont devenus amis pour finir mariés.
Au Maroc, la première chose qui l'a fascinée était la bienveillance qui manque à Paris, ce qui mène ses gens à l'individualisme. Elle est très vite devenue la bienvenue parmi tous ses voisins, qui partageaient avec elle, leurs plats délicieux, tous les soirs, pendant le mois du Ramadan, ce qui était fascinant pour elle. Au Maroc, elle a notamment aimé la lumière, la nature et la bonté des gens. Elle a visité toutes les villes du Maroc, surtout qu'elle a invité sa famille à une tour à travers tout le pays, et elle dit connaître le Maroc encore plus que son mari le connaît.
Un jour, alors qu'elle travaillait comme enseignante, 20 heures par semaine, la journaliste marocaine, Zakeya Daoud, qui était une de ses amies, lui a dite qu'un ami à elle avait besoin d'une libraire pour travailler avec lui. Elle a alors rencontré cette personne, qui était un français qui avaient une librairie qui vendaient des dictionnaires, avenue Mohamed V. Ils se sont mis d'accord qu'elle travaille avec lui, pendant son temps libre. Après un certain temps, elle est allée travailler dans une autre librairie appartenant au même français, mais dans le quartier latin, après l'avoir convaincu que l'avenue Mohamed V n'était pas le meilleur endroit pour ce type de librairies. Mais sa première expérience de libraire était un vrai échec et la librairie a fermé ce qui l'a énormément déprimée. Elle a ensuite décidé d'apprendre l'anglais. Elle avait une amie américaine qui l'a convaincue d'essayer ensemble de fonder leur propre librairie et pourquoi pas?! Elles ont loué un garage qui était en cours de construction, dans le quartier latin, et l'ont transformé en une librairie, croyant qu'elle allait contribuer à la promotion du niveau culturel de tout le quartier, et c'est effectivement ce qui s'est passé. La librairie a réalisé un grand succès, au niveau culturel comme au niveau financier. Elle a aussitôt bénéficié d'une large clientèle qui a trouvé dans cette librairie ce qui n'existait pas ailleurs.
Au début, Marie Louise en coopération avec une maison de publicité appelée "Publicité Warman", ont crée une campagne publicitaire basée sur l'idée de vendre en solde les anciens livres du quartier latin, ce qui était un grand succès qui lui a permise d'acheter de nouveaux livres pour sa librairie. La philosophie de la librairie reposait essentiellement sur l'idée d'attirer le plus grand nombre notamment de marocains vers la lecture et la culture en général. Chez Marie Louise, il était permis aux clients de toucher les livres, de les feuilleter et même de les lire sans être obligés à les acheter, ce qui était catégoriquement interdit par les autres librairies. Le but principal de Marie Louise, était de promouvoir la culture chez une catégorie de marocains. Sa librairie appelée "La Rencontre de livre", est aussitôt devenue, un point de rencontre où se retrouvaient écrivains et lecteurs pour discuter librement, ce qui a fait que la librairie de Marie Louise est devenue par excellence, une tribune de libre expression, sans censure et sans répression.
Marie Louise, a ensuite crée une maison d'édition "La Maison d'Edition Tarek". La création de cette maison d'édition a une histoire. Un jour, elle a reçu une visite à la librairie, de la part d'une amie qui s'appelait Joël. Elle lui a proposée de créer ensemble une maison d'édition, mais Marie Louise a répondu en disant qu'elle n'était pas capable de prendre part à un tel projet, du fait qu'elle était très occupée, notamment qu'elle était déjà grand-mère et qu'elle réfléchissait à la retraite. Mais quelques jours plus tard, elle a reçu une autre visite de la part de Abdel Aziz Morid, journaliste marocain et un de ses amis. Il avait sur lui un grand ouvrage qu'il lui a montrée. C'était un récit illustré. Il lui a demandée de l'aider à trouver un éditeur. Elle s'enthousiasmait de plus en plus, au fur et à mesure qu'elle feuilletait l'ouvrage, pour finir par lui dire: "Nous allons l'éditer. Nous sommes entrain de créer une maison d'édition". C'est comme ça que Marie Louise a crée "La Maison d'Edition Tarek", en coopération avec son amie Joël et son ami Micho Benani.
Marie Louise a en outre crée l'association "Ein Chams" qui regroupait des marocains, musulmans, chrétiens et juifs, des français et des espagnols. Le but principal de cette association était de créer un espace de rencontre et d'échange entre ses membres à tous les niveaux.
Parlant de sa philosophie en ce qui concerne l'éducation des enfants, elle dit: " Les aimer tout simplement et savoir ce qui les rendent heureux". Elle affirme que cette philosophie d'éducation était très réussite, ce qui fait qu'eux, à leur tour, la rende heureuse. Elle souligne que le bonheur que leurs enfants lui ont offertes est encore plus grand que celle que lui a offerte sa carrière de libraire qui est la chose la plus importante dans sa vie. Mais pour elle, les enfants viennent avant tout.
Date de diffusion: 24 Juin-2005
Mona Omara
De son vrai nom japonais, Hu Wihara, Mona Omara vit en Egypte depuis 1977. Elle raconte son histoire, en écoutant une chanson du célèbre chanteur égyptien Mohamed abdel Wahab " Qu'est ce qui m'a été prédestiné", alors qu'elle préparait un thé à l'égyptienne. Le Japon est son pays natal, là où elle a rencontré son mari. A cette époque là, elle prenait des cours d'anglais. Un jour, une amie à elle lui a proposé de travailler comme interprète avec une délégation égyptienne anglophone, en mission à la compagnie Mitsubishi au Japon. Il s'agit de la délégation de l'Organisme du Canal de Suez. Celui qui serait son mari, faisait partie de cette délégation. Quand il l'a rencontré pour la première fois, il a eu une impression assez bizarre. Il a eu l'impression qu'il était devant une fille égyptienne qui appartenait à la génération des années 30, à la génération de sa mère. Au fait, elle lui a rappelé de sa mère. Il est tombé amoureux d'elle et a décidé de l'épouser.
Avant de venir en Egypte, elle ne connaissait de ce pays que les pyramides et le sphinx. Elle entendait parler de l'Egypte d'une manière qui l'avait faite peur:
" Un pays désertique, sans villes, sans électricité, ni eau, et dont les habitants sont tous des bédouins!!!". En plus, un des collègues de son futur mari lui a dit que la situation économique en Egypte était très dure, qu'elle ne serait pas capable d'acheter ses besoins au supermarché, comme elle le faisait au Japon et qu'elle serait obligée à faire la queue, une très longue queue devant les coopératifs à chaque fois qu'elle aurait besoin de faire ses courses. Tout ce qu'elle a appris sur l'Egypte lui faisait peur. Elle a alors décidé d'aller visiter l'Egypte avant de prendre la décision fatale. Elle a réservé un billet d'avion aller-retour, mais elle n'est retournée au Japon, que plus tard, déjà mariée avec son bien aimé égyptien. Quand elle est venue visiter l'Egypte pour la première fois, son futur mari, ses frères et ses sœurs étaient à son attente à l'aéroport. Elle les a trouvés très accueillants. Dans la maison de la famille, elle était la très bienvenue, sa future belle mère était très gentille avec elle. Elle lui a préparée les plats égyptiens les plus délicieux.
Mona est restée alors en Egypte. Elle s'est mariée et s'est mêlée à la famille de son mari. Sa belle mère lui a apprise la cuisine égyptienne.
Au début, la mère de Mona était très fâchée contre elle, du fait qu'elle n'ait jamais retournée au Japon, mais après u certain temps, la mère a compris que sa fille avait déjà fait son choix de vie et qu'elle était heureuse de ce choix.
Lorsque Hu Wihara a décidé de s'acquérir d'un nom arabe, elle a choisi Mona, un nom facile à prononcer. Elle a aimé chez les égyptiens, leur solidarité et leur bienveillance, ce qui l'a aidé à s'adapter vite à la vie parmi eux. Elle a vite appris la langue arabe. Son mari se souvient qu'il était parti, une fois pour une semaine et de retour chez lui, il a trouvé que Mona avait appris 3 mots arabes. Au bout de 5 mois, Mona parlait parfaitement l'arabe et elle était capable d'aller faire ses courses, toute seule.
Mona a fait son premier Ramadan en Egypte. C'était assez dur pour elle et elle a perdu pas mal de poids. Après un certain temps, Mona était décidée à se convertir à l'islam. Son mari lui a dit qu'il préférait qu'elle se convertisse au Japon. Elle est alors retournée au Japon pour se convertir à l'Islam au Centre Islamique de Tokyo.
Déjà grand-mère, Mona est dans le jardin, en train de s'occuper de sa petite-fille Malak, alors que son mari se souvient comment Mona a élevé leurs deux filles, Dina et May. Il nous raconte comment elle les a aidées à se sentir indépendantes dès leur enfance et faire leurs choix très tôt. Le premier choix que les filles ont fait était leur sport préféré. Elles ont choisi toutes les deux, le tennis, un jeu où elles ont excellé.
A l'âge de 11 ans, Dina est partie toute seule pour représenter l'Egypte au championnat d'Afrique du Tennis à la Côte d'Ivoire, alors que May est partie aux Pays-Bas, toujours pour représenter l'Egypte. Mona s'occupe toujours de Malak. Elle n'est pas du genre de grand-mères qui gâtent leurs petits-enfants. Elle l'élève comme elle a élevé ses deux filles, selon une discipline stricte. Pour elle, comme c'était toujours le cas, élever un enfant est une mission, est un emploi, d'où est venu son refus de travailler. Elle a préféré d'être femme au foyer. Pour elle, le temps de la femme ne peut pas être partagée entre son travail et son foyer.
Tout au début, Mona a essayé de préparer des plats japonais pour son mari, mais malheureusement il n'a pas pu savourer la cuisine japonaise. Mona quant à elle, elle a aimé la cuisine égyptienne, à tel point qu'elle savoure el Kawarea (un plat typiquement égyptien préparé à base de pattes de bœuf) que son mari n'apprécie pas du tout.
Après une quarantaine d'années en Egypte, Mona parle couramment l'arabe comme si c'était sa langue maternelle. Pour elle, le japonais devient de plus en plus une langue lourde. Elle est allée récemment au Japon, pour n'y rester qu'un seul mois. Du retour, elle a affirmé que son foyer et sa famille sont en Egypte et qu'elle ne peut plus aller au Japon qu'en tant que touriste!!!
Date de diffusion:17 Juin-2005

Erga Reheins: Adoption des causes arabes
Erga est née en Palestine en 1935, d'un père allemand et une mère originaire de Yafa (Jaffa). Son père luttait contre les forces britanniques, ce qui leur a obligés à un moment donné de quitter la Palestine pour les Etats-Unis. Après avoir terminé ses études scolaires, Erga a joint l'université mais elle n'a pas terminé ses études universitaires. Elle avait envie d'étudier l'art, mais à cette époque là, il n'y avait pas de facultés spécialisées dans le domaine de l'art, alors elle a décidé de quitter l'université et de compter sur elle-même en matière d'apprentissage. Elle a vécu et travaillé à New York jusqu'en 1977, lorsqu'elle a décidé d'immigrer au Portugal. Elle croit que sa vie au Portugal lui a facilité, plus tard, la vie dans les pays arabes. Selon elle, dans les veines des portugais, il y en a du sang arabe, et une grande ressemblance se trouve entre les portugais et les arabes. Mais l'adhésion du Portugal au marché européen commun, en 1988, a fait du Portugal un pays typiquement européen. Erga a ainsi décidé de partir de nouveau, mais cette fois-ci pour son pays natal, pour la Palestine. Elle a vécu dans la partie arabe de Jérusalem, entre 1996 et 1997. Elle a travaillé dans le domaine des fouilles archéologiques et en même temps, elle a pu faire certaines recherches sur les nomades. Erga est fascinée des nomades, elle trouve qu'elle possède quelque chose en commun avec eux, à savoir le déplacement continu.
En Septembre 1997, elle a été envoyée pour une mission archéologique à Wadi Ram, dans la région d'al Aqaba, près des frontières avec l'Arabie Saoudite. Elle est restée là bas pendant deux semaines, au cours desquelles, elle a passée par une expérience soufie extraordinaire. Grâce à cette expérience, Erga est tombée amoureuse de Wadi Ram, pour finir par décider d'aller définitivement s'installer là bas.
Erga a adoré la vie des nomades, qui lui a offerte la simplicité, de laquelle elle avait tant rêvée. "Dans le désert, on ne possède que ce dont on a besoin, ni plus, ni moins: Allumettes, bois de chauffage, farine, riz, vêtements…, en plus des livres dans le cas d'Erga. Erga a en outre admiré les principes de solidarité et de partage sur lesquelles repose la culture des nomades. Leur hospitalité et leur bienveillance l'ont fascinée encore plus. Elle souligne que si un étranger passe par eux, sans abri, ils se collaborent tous pour lui offrir un endroit pour dormir, et s'il a faim, ils se collaborent tous pour lui donner à manger. Selon Erga, on ne peut pas se sentir étranger parmi les nomades, elle-même étant la preuve, ça fait plus de 7ans qu'elle se sente en famille parmi eux.
Dans le désert, Erga a retrouvé sa liberté absolue, sans murs, sans constructions et sans enceintes. Elle croit que les gens adorent le désert, justement grâce au sentiment de liberté qu'il leur offre, parce qu'il leur aide à se souvenir de leurs origines et de retrouver leurs racines en tant qu'êtres humains. C'est cette idée qu'Erga a voulu exprimer dans son livre qui porte sur son expérience dans le désert.
Les nomades ont du mal à accepter la présence d'une femme célibataire parmi eux. Lorsqu'ils ont évoqué ce sujet avec Erga, elle leur a répondu en rigolant que celui qui voulait l'épouser devrait lui offrir comme dot, 100 chameaux, 50 noirs et 50 blancs, mais elle savait déjà que personne en Jordanie ne possédait 100 chameaux. Un jour, un certain Soleyman est venu la demander en mariage pour son grand père âgé de 75 ans, elle, elle avait 70 ans. Il lui a promise de lui offrir 500 chameaux comme dot. Erga lui a répondu en disant qu'elle s'est déjà mariée deux fois et que ses deux maris sont morts. Quelques jours après, Soleyman est revenu pour lui dire que son grand père ne voulait pas être le troisième. Et depuis, à chaque fois qu'on pose à Erga la question:"pourquoi tu ne te maries pas?" elle répond:" j'ai déjà anéanti deux maris et il n'y a aucune raison pour que je le fasse de nouveau".
Un des habitants de Wadi Ram, raconte comment Erga, qui est venue pour la première fois en tant que touriste, est devenue avec le temps une des leurs. Elle cuit son pain, elle rend visite à leurs malades, elle partage avec eux leurs bonheurs et leurs malheurs…
Entourée par un grand nombre d'enfants nomades, Erga affirme que parmi eux elle se sent en famille et que ces enfants sont ses petits-enfants.
Elle trouve que l'enfant nomade est plus libre que l'enfant en occident. D'après elle, l'enfant dans le désert est plus libre de commettre les erreurs d'enfance qui lui permettent d'être un homme responsable dans l'avenir, alors qu'en occident l'enfant élevé par la peur ne jouit pas de cette même liberté.
En plus, toujours selon Erga, l'enfant en occident apprend à se comporter comme un adulte, alors qu'il est encore enfant, par contre, l'enfant nomade vit pleinement son enfance.
Avant son avènement à Wadi Ram, la peinture était le moyen d'expression fétiche d'Erga, mais ici son appareil photo a remplacé sa plume et elle a trouvé dans la photographie un moyen d'expression plus honnête à la splendeur du site. Erga trouve que beaucoup de choses dans la vie des nomades ont changé. La technologie moderne l'a envahie, la rendant de plus en plus proche de la vie urbaine. Erga est triste pour ce genre de changements, bien qu'elle ne soit pas contre les changements en général.
Date de diffusion:Le 8 juillet-2005

Karen Asfour: Malheurs et douleurs des arabes
L'américaine Karen Asfour, a connu son mari Mohamed, alors qu'elle était en deuxième année à l'université de Michigan. Elle étudiait les grandes religions du monde, alors que lui, il préparait sa thèse de magistère. Un an plus tard, Mohamed est allé rencontrer les parents de Karen pour la demander en mariage, et bien qu'ils l'aient tellement aimé, mais ils n'étaient pas très enthousiastes à l'égard de l'idée du mariage. Ils avaient des soucis concernant l'avenir de leur fille en tant qu'épouse d'un arabe. Ils n'étaient pas sûr si elle serait capable de s'adapter à la vie en Jordanie, pays natal de son mari, Mohamed et ils se demandaient si elle perdrait sa liberté à cause de ce mariage. Les gens autour de Karen ne cessait pas de lui faire rappeler du fait qu'en tant que musulman, Mohamed a le droit d'épouser encore trois autres femmes. Mais Karen ne s'est jamais sentie menacée par ce fait.
Son père était convaincu que le mariage de Karen ne durerait que six mois au plus, mais aujourd'hui et après 25 ans de mariage réussi, il est fier d'elle, surtout qu'elle a pu construire toute une vie en Jordanie avec son mari.
Après leur mariage, Karen a accompagné son mari pour la Jordanie. Elle a travaillé comme enseignante à l'école américaine d'Amman. Ils ont eu d'abord Maliya, leur fille aînée, suivie par sa sœur Tala, deux ans plus tard. Huit ans après Tala, Karen a donné naissance à Kayss, et sept ans plus tard, ils ont eu Jad. Bien que tous ses enfants aient la nationalité américaine, mais Karen et Mohamed s'étaient mis d'accord, dès le début, que leurs enfants devraient être élevés en tant que membres de la société jordanienne.
Concernant la langue, Karen et Mohamed étaient d'accord que les deux langues, arabe et anglaise sont très importantes pour les enfants, alors le compromis était tel: Les enfants parlent l'arabe hors de la maison, dans la rue et avec leurs amis, alors qu'à la maison, l'anglais était la langue officielle.
Karen s'est convertie à l'islam. C'était son propre choix. Elle souligne qu'elle est convaincue que c'était la bonne décision pour elle, en tant qu'épouse d'un musulman et mère d'enfants musulmans.
Karen a trouvé son dessein dans le domaine des activités sociales. En 1963 elle est devenue membre du club des femmes américaines. Elle a ensuite occupé la position de vice présidente de ce club pour deux mandats successifs. L'activité de ce club reposait essentiellement sur la collecte des fonds pour des projets caritatifs. En tant que vice présidente du club, elle a voyagé à travers toute la Jordanie, du nord au sud, c'était dans les années 80. Elle pense que c'était l'une des meilleures expériences qu'elle a vécues.
Outre le club des femmes américaines, Karen est, depuis les années 70 et jusqu'à maintenant, membre du conseil d'administration de l'association al Hussein pour la réhabilitation des handicapés. L'association ne s'occupe pas seulement des enfants handicapés, mais aussi des adultes. Elle est dotée, depuis les années 90 d'un atelier pour les filles. Karen avec une amie qui s'appelle Marie Rose, se sont occupées de la direction de cet atelier pour un certain temps, ensuite elles ont cédé la direction de l'atelier à un groupe de professionnelles. Karen et Marie travaillent actuellement dans le domaine des habits pour enfants et des costumes pour le théâtre et le cinéma.
L'association est également dotée d'un débouché où se vendent les produits de leur association et ceux d'autres associations caritatives.
Avant son avènement en Jordanie, Karen n'avait rien à voir avec la politique, mais elle souligne que c'est impossible de vivre en Jordanie sans s'intéresser à la politique, surtout qu'elle a vécu de grands événements politiques tel que la défaite de 1967 et l'invasion israélienne de Beyrouth en 1982. Au lendemain de cette invasion, Karen en coopération avec un groupe de femmes britanniques a crée l'organisation "Al Bassira", ou "La clairvoyance", dans le but d'influencer l'opinion publique dans leurs pays d'origine, de créer une nouvelle vision à l'égard de la région du proche orient et d'exprimer leurs sentiments envers cette région du monde. Pour réaliser ces objectifs, l'organisation œuvre à plusieurs niveaux. Les membres de l'association rencontrent régulièrement les responsables américains et britanniques qui viennent en visite en Jordanie pour discuter avec eux.
En 1990, Karen a participé à une campagne qui a réussi à collecter les signatures de plus de 150 femmes américaines mariées avec des jordaniens, d'une lettre adressée au président américain, dans laquelle, elles l'appellent à négocier et à mettre fin au conflit armé. Bien que les efforts de Karen et ses camarades soient en vain, puisque la guerre s'est déclenchée quand même, elles ont déployé des efforts pareils, lors de la deuxième guerre du golfe, dans le but de clarifier les différents points de vue, pour les gens en occident.
En fin de compte, Karen se sent Jordanienne. Elle participe aux élections, elle œuvre pour la promotion de la participation de la femme, elle participe à la campagne pour la sauvegarde du site de pétra. Elle a certaines opinions et critiques à l'égard de la Jordanie, qu'elle publie souvent dans le journal "Jordan Times", mais elle considère ses critiques comme "critiques amis", parce qu'elle se sent appartenir à ce pays.
Date de diffusion: Le 15 Juillet-2005

Jane Taylor: L'amoureuse de la Jordanie
Nouveau diplômée, Jane croyait toujours qu'elle mènerait une vie pareille à celle de toute femme anglaise ordinaire. Elle a commencé sa vie professionnelle comme enseignante, ensuite elle s'est transformée au domaine de l'édition. Mais à un moment donné, elle s'est rendue compte que la vie doit avoir une valeur plus profonde. Jane est née dans la région du Proche Orient et elle a vécu son enfance partagée entre cette région et l'Australie. Elle était passionnée de l'idée de la découverte de cette région du monde. Elle a essayé de vaincre cette passion, mais c'était plus fort qu'elle. Elle a alors décider d'aller en Istanbul, un endroit où elle pourrait gagner sa vie. Elle avait des amis là bas, qui l'ont aidée à trouver un travail.
Elle a commencé par faire apprendre la langue anglaise aux turcs, puis elle a commencé à écrire dans certains journaux et magazines. Ensuite, elle a été employée par la BBC, comme chercheuse pour une série de programmes sur l'histoire et les arts turcs. C'était son passeport au monde des médias audiovisuels. Elle a continué à travailler dans ce domaine, même après son retour à Londres.
Au début des années 80, Jane a décidé de partir pour l'Afrique du Sud, dans le but de découvrir l'expérience de ce pays dans le domaine de la protection de la vie sauvage et des réserves naturelles. Là bas, elle a fait la connaissance d'un producteur de films. Ensemble ils ont décidé de réaliser un documentaire sur les habitants des forêts dans le désert de Calgary. Cette expérience l'a menée à faire la connaissance de Van Der Post qui avait déjà réalisé un film sur les habitants du désert de Calgary, dans les années 50. Le fruit de cette dernière expérience était la publication d'un livre intitulé "Les confessions des hommes de la forêt", coécrit par Jane Taylor et Van Der Post. A la suite de cette expérience, Jane a commencé à chercher d'autres sujets d'écriture. L'histoire l'intéressait beaucoup, en plus qu'elle est diplômée en histoire, elle croyait que chaque nation était le fruit de son histoire, et que l'histoire était l'œuvre des hommes. De ce point de vue, elle a trouvé que la Jordanie était un pays très riche. Jane voulait aborder l'histoire du point de vue humain, et pas en tant que chiffres et données. Dans ce contexte, elle se souvient d'une lettre qu'elle a trouvée, lors de l'une de ses recherches. C'était une lettre envoyée par un soldat romain à son père, le soldat se trouvait dans une région près de Pétra. Il disait à son père, que les soldats passaient la plus grande partie de leur temps à tailler des pierres. A cet égard, Jane explique qu'après la chute du royaume nabatéen entre les mains des romains, il y avait des forteresses qui devraient être bâties et des routes qui devraient être pavées, c'est pourquoi les soldats romains passèrent leur temps à tailler les pierres. Jane a également recours à la photographie, en tant que moyen de documentation et d'illustration de ces écritures.
C'était seulement par hasard que Jane s'est rendue en Jordanie pour la première fois. Elle avait un ami qui dirigeait une agence de voyage en Jordanie et qui avait besoin d'un directeur touristique intermittent pour son agence, alors Jane est allée pour occuper ce poste pour une durée limitée. C'était en 1978. Son voyage l'a menée en Jordanie et en Syrie. Elle est tombée amoureuse du Proche Orient. A partir de 1984, Jane a commencé à se rendre en Jordanie régulièrement toutes les années. Un jour de l'année 1989, elle a eu l'occasion de prendre des photos pour la Jordanie depuis l'avion. C'est ainsi qu'elle a eu l'idée de réaliser un livre basé sur le concept de la photographie aérienne, et elle a choisi la Jordanie comme site. Elle a alors décidé d'aller s'installer en Jordanie pendant un an, dans le but de réaliser ce livre. Une quinzaine d'années ont coulé depuis que Jane ait pris cette décision, et elle demeure toujours en Jordanie.
Son livre "La Jordanie vue du ciel", était un grand succès. C'était un livre unique en son genre à l'époque. Le livre a été publié en plusieurs langues, dont l'anglais, le français, l'italien et l'allemand. En 1993, Jane a publié son livre sur Pétra. En écrivant ce livre, elle s'est rendue compte qu'il n'y avait aucun livre qui abordait la nation qui avait bâti Pétra, la nation des Nabatéens. C'était alors le sujet de son troisième livre " Pétra et le royaume perdu des Nabatéens".
Jane se prépare actuellement pour la publication de son dernier livre " La Jordanie: la terre et le peuple".
Ça fait quinze ans que Jane habite cette maison. Elle se croit chanceuse de pouvoir trouver une maison pareille entourée d'arbres et d'anciennes maisons. Jane adore la vie dans la région qu'elle habite. Elle adore la vie en Jordanie en général. La chaleur et la bienveillance des jordaniens l'impressionnent toujours. Elle souligne que le premier mot prononcé par les jordaniens est "Ahlan" ou "Bienvenu", que ça soit en arabe ou en anglais, ce qu'elle trouve fascinant.
Jane a beaucoup d'amis en Jordanie, jordaniens et autres. Elle est fasciné par le fait que la Jordanie, au fil du temps, est devenue un creuset de cultures et de civilisations ou se mélangent et se fusionnent des gens de toutes couleurs, cultures, religions…
Date de diffusion: Le 22 Juillet 2005

Ludovic et Agnès: Passion des ruelles et des maisons populaires
En 1994, Ludovic et sa femme Agnès, ont pris leur décision de vie, celle de quitter la France, leur pays natal, et d'aller s'installer en Egypte. Mariés depuis une quinzaine d'années, Agnès, originaire du sud de la France et Ludovic de Bretagne, travaillaient dans le domaine de l'édition. Ils ont visité l'Egypte, pour la première fois, un été au début des années 90. Ils ont admiré son climat et la bienveillance de ses gens, et ils sont tombés amoureux du vieux Caire. C'est ainsi qu'ils ont commencé à réfléchir à s'installer en Egypte et essayer d'y trouver un avenir meilleur. Ludovic est venu le premier, un an avant l'avènement d'Agnès. L'arrivée de Ludovic en Egypte, a coïncidé avec le début de la vague de terrorisme qui a envahi ce pays, au milieu des années 90. Cette situation précaire a angoissé Agnès, qui était encore en France. Elle a même commencé à remettre en question leur décision. Mais Ludovic, qui vivait déjà en Egypte, ne cessait pas de la rassurer, en lui affirmant qu'il s'agit d'une situation provisoire.
Agnès croit que ce qui est diffusé dans les médias occidentaux ne reflète pas la vraie vie quotidienne, en Egypte. Elle souligne qu'elle n'a pu découvrir le vrai visage de l'Egypte, qu'après avoir voyagé à travers ce pays. Avec son mari, elle a visité les Oasis, le désert blanc, Siwa et d'autres endroits que beaucoup d'égyptiens n'ont jamais visités. Agnès se souvient des moments extraordinaires qu'elle a eus, au marché bédouin de la ville d'al Ariche, "Le marché de jeudi", les bédouines avec leurs habits traditionnels et leurs produits faits à la main, l'ont beaucoup fascinée.
Ludovic et Agnès ont décidé d'inaugurer un magasin ou ils peuvent rassembler le digest de leur expérience en Egypte. L'expérience de découvrir le lieu à travers ce qu'il produit, et par conséquent découvrir ses gens. Le magasin est spécialisé dans la vente des produits traditionnels égyptiens. Le magasin est rempli de pancartes, faites par Ludovic et Agnès, dans lesquelles ils expliquent les différents métiers traditionnels égyptiens. Ludovic raconte que beaucoup de touristes lui demandent si tous les produits vendus sont de l'artisanat égyptien traditionnel, et quand il leur répond que oui, il remarque leur surprise du fait que l'Egypte est riche de beaucoup de choses qui restent invisibles. D'après Ludovic et Agnès, les touristes ne connaissent de l'artisanat égyptien que la tapisserie, la confection du papyrus et la bijouterie, mais ce n'est pas la vraie Egypte comme la voient Ludovic et Agnès. Pour eux, la vraie Egypte réside dans ceux que les gens font à la main.
Au début, le couple français avait certaines difficultés en traitant avec les gens de métiers. Ces derniers faisaient des soucis à l'égard de ces deux étrangers, s'ils étaient touristes, résidents, qu'est ce qu'ils voulaient exactement… Mais avec le temps, ils sont devenus de plus en plus à l'aise avec eux, et plus prêts à se coopérer avec eux. D'après Agnès et Ludovic, les barrières culturelles tombent avec le temps. Agnès et Ludovic comprennent très bien l'arabe et le parle un peu, ce qui facilite encore plus leur tâche.
Pour le couple français, l'Egypte n'est pas seulement les pyramides, les musées et les marchés, mais elle est plutôt les ruelles, les maisons et le petit peuple, et c'est justement de ces détails que le couple français a essayé de s'approcher. Pour eux, il s'agit d'une tentative de découvrir l'autre, une tentative qu'ils trouvent agréable. De leur point de vue un certain paradoxe domine la mode de vie en Egypte: le manque de discipline associé au bon achèvement, ce qui est impossible en Europe. Ils expliquent que les gens en Egypte travaillent au dernier moment, mais ils font l'impossible pour achever leur travail dans le bon délai. Ils sont capables de résoudre tous les problèmes et les fins heureuses arrivent toujours, exactement comme dans les films arabes.
Ludovic et Agnès entretiennent une très bonne relation avec leurs employés. Une certaine ambiance familiale domine l'établissement. Ils croient que la relation professionnelle en Egypte possède en plus une dimension humaine et une autre émotionnelle, ce qui est tout a fait différent de l'ambiance neutre et rigide qui domine la vie professionnelle en Europe.
Agnès travaille actuellement, à côté de son rôle dans le magasin, dans le domaine des librairies. Après son arrivée en Egypte, elle est restée pour un certain temps, sans travail, du fait qu'elle n'avait pas gardé ses liens avec les écrivains et les éditeurs avec qui elle travaillait en Europe. Elle a alors décidé de transformer son activité du domaine de l'édition au domaine des librairies. Mais elle s'est rendue compte que c'était très difficile d'établir une librairie dans une ville vive comme le Caire. Elle a alors trouvé le bon compromis, dans l'idée de la librairie ambulante. Elle importait des livres de l'Europe et elle tenait des foires de livre dans les écoles et les centres culturels francophones du Caire.
Agnès souligne qu'elle a été conseillée de la part de tout son entourage européen, de ne pas travailler en Egypte, tout simplement parce qu'elle est une femme. Mais après plusieurs visites en Egypte, Agnès n'a donné aucun poids à ce conseil. Elle explique qu'elle n'a jamais eu de problèmes, en tant que femme étrangère qui vit et qui travaille en Egypte. De son côté, elle tient à être gentil, correcte et respectable avec tout le monde.
Elle souligne par contre que les difficultés qu'elle rencontre dans son travail, viennent essentiellement du fait que les importateurs et les distributeurs du livre français en Egypte sont rares, que les lecteurs du livre français en Egypte sont aussi rares, et que le prix du livre français est assez élevé par rapport au prix du livre anglais. Ce qui préoccupe Agnès le plus à cet égard, c'est que les éditeurs français n'ont pour le moment, aucun plan d'exportation pour le sud.
Ludovic s'exclame en soulignant qu'il a remarqué que les égyptiens éprouvaient beaucoup de sympathie et de tolérance envers les étrangers, alors qu'ils étaient assez agressifs entre eux. C'est confortable pour lui en tant qu'étranger qui vit parmi eux, mais c'est choquant quand même.
Pour sa part Agnès déteste d'être traitée comme si elle était une sacoche pleine de dollars, pour le simple fait qu'elle soit étrangère. Par contre, Agnès est très satisfaite de se sentir en pleine sécurité en Egypte. Elle explique que c'est très rare d'entendre parler en Egypte de vols forcés par exemple, ce qui arrive tous les jours à Paris. Elle souligne qu'elle voyage seule à travers toute l'Egypte sans jamais avoir aucun problème, mais au contraire, si par exemple sa voiture tombe en panne, ou elle a besoin de n'importe quelle aide, elle trouve pleins de gens prêts à venir à son secours.
Beaucoup d'égyptiens trouvent que la décision de Ludovic et Agnès de venir vivre en Egypte est bizarre. D'autres égyptiens rêvent d'immigrer un jour en France. Mais pour le couple français, c'était la bonne décision qu'ils n'ont jamais regrettée. Ils affirment que si le temps retourne en arrière et ils auraient à choisir de nouveau, ils choisiraient de vivre en Egypte.
Date de diffusion: Le 29 Juillet 2005

2. Littérature de Prisons
Mohamed Mechbal: Les rêves des ténèbres
Les cauchemars le tourmentent toujours des années après la fin de l'épreuve de prison. Dans sa cellule, il faisait des rêves, où d'abord il se voyait libre et affranchi avant d'entendre une voix parvenant du fond de son rêve lui disant:
"Ne rêve pas, tu es toujours en prison". Au lendemain de sa sortie de prison, les rêves se sont aussitôt transformés en cauchemars où lui reviennent presque toutes les nuits, les scènes de poursuites, d'arrestation, d'enquête et surtout de torture. Ils se voit emprisonné tout seul dans sa cellule alors que tous ses camarades sont sortis et il ne sait pas pourquoi?!
Il avait à peine 18 ans, quand Mohamed al Amine Mechbal a été condamné à prison pour appartenance à une organisation clandestine œuvrant pour le renversement du régime royal au Maroc et la restauration d'une république populaire marxiste léniniste. C'était en 1976. Il a été condamné à 20 ans de prison en plus de deux ans pour atteinte au gouvernement.
" C'est encore plus que son âge, plus que le nombre d'années qu'il a vécue" c'étaient les propres termes de sa mère qu'elle a prononcé quand elle a écouté le juge prononcer le verdict condamnant son fils à 22 ans de prisons, alors qu'elle le regardait de loin, les larmes aux yeux, incapable et paralysé.
Mohamed Meshbal raconte les détails de son arrestation, qui était au fait un enlèvement. Après cet incident, il disparaît pendant six mois, sans que sa famille ne sache s'il est mort ou vivant et avant qu'il ne soit traduit en justice.
Tout a commencé, alors qu'il se baladait dans une rue de Fès, plongé dans ses pensées et ses rêves d'un avenir meilleur. Il a entendu des pas qui le poursuivaient. C'étaient deux hommes. Ils lui ont demandé le nom de la rue. Mohamed Mechbal se souvient: " J'ai essayé de les ignorer et de continuer à marcher, mais d'un coup l'un deux m'a saisi, j'ai fait un pas en arrière et j'ai essayé de résister, mais c'était trop tard, j'étais déjà enchaîné. C'est ainsi que j'ai ressenti que c'était le début de la fin et que le soleil allait se coucher pour toujours, laissant seuls dans l'obscurité mes yeux rêvant".
Influencé par son frère aîné Abdel Moemen. Mohamed Mechbal a fait son entrée au monde de la politique grâce au mouvement estudiantin. Il avait à peine 17 ans. Il se souvient très bien de son interrogateur qui s'appelait "Tachfine". Il n'oubliera jamais cet homme. Il lui posait les questions habituelles dans ce genre de situation, mais à chaque fois que Mechbal répondait avec un "Non", l'interrogateur le menaçait en affirmant qu'il allait le faire parler comme il faisait parler les autres. C'est la torture qui fait comprendre au détenu que le temps a un autre concept. Une seconde de torture s'élève à une année bissextile dans l'esprit de la personne torturée. La torture physique s'enchaîne à la torture morale pour rendre le rêve de la liberté impossible.
Quand l'interrogateur lui a demandé: "Où est-ce que tu habites?", il a répondu: "Chez ma tante". Ils l'ont amené là-bas. Ils ont fouillé chaque centimètre carré de sa chambre, d'après l'histoire de sa mère. Il suait et il avait soif. Il a demandé un verre d'eau à son cousin, mais boire ne faisait pas partie de ses droits, la main du policier a renversé son verre d'eau, avant qu'il n'arrive à avaler sa première gorgée.
Dans la prison de Dar Moulay al Chérif, Mohamed Mechbal n'était que le numéro 25. Il a acquis ce numéro en échangeant ses habits contre l'uniforme kaki de la prison. Fouetté, il a été jeté dans sa cellule, assigné à s'abstenir de parler. Il n'avait qu'à penser à sa ville Tétouan, ses parents et sa famille.
En Avril 1977, il a reçu une lettre de sa sœur Hoda, l'informant de la mort de Abdel Halim Hafez. Sous le choc, il s'est dit:" tout ce qui est beau se dirige vers la fin". La même année, il a subi un choc encore plus dur. Il s'agit de la visite du président égyptien Anouar al Sadate à Jérusalem. Avec amertume, il s'est demandé à combien s’élève le prix de cette visite.
Pour tuer le temps, Mohamed Mechbal a passé ses longues journées de prison à lire des romans, sachant que les livres politiques, notamment marxistes étaient catégoriquement interdits par la direction de la prison.
Les dernières scènes de détention que retient la mémoire de Mohamed Mechbal se déroulent dans la prison de Chawen, cette ville qui lui rappelait Tétouan, sa ville natale. Il s'agit d'une jolie ville de campagne avec ses montagnes couvertes souvent de neige. Mechbal avait l'habitude de contempler les sommets neigeux des montagnes de Chawen, depuis le dernier étage de la prison. Pour Mohamed Mechbal, cette prison était comme une petite maison de campagne, propre et fraîche. Il s'était habitué à la prison de Chawen, quand la décision de le transférer à la prison de Qnaitra a été prise. Il est rentré dans sa cellule. Contemplant son plafond blanc, il s'est mis à pleurer en silence. Mais au milieu de ce silence, une voix s'est élevée pour le déchirer. C'était la voix du directeur de la prison qui annonçait aux détenus la décision du gouvernement de les amnistier. Mohamed Mechbal a voulu dire quelque chose mais malgré lui, il a gardé son silence. Mais il avait longtemps rêvé de ce moment là. Il s'est dit: "Mais qu'est ce que tu attends?!... vas y… soit heureux…embrasse tes camarades… mais il s'est senti triste.
Le voilà sortant du portail de la prison. La voiture le prend loin de la prison qui devient de plus en plus minuscule, pour qu'il commence son voyage à la poursuite du temps passé.
Date de diffusion: le 17 mai 2006 sur al Jazira News.

La Prison de Ansar
"Israël n'a pas occupé le Liban Sud et ne nous a pas vaincus, mais la défaite était infiltrée (ancrée) dans nos veines des âges avant qu'elle n'ait lieu sur le terrain. Elle occupait nos lits comme si elle était une prostituée. Elle se glissait à travers nos tenus, comme si elle était un lot de balles, afin d'exploser nos forts intérieurs". Avec ce texte, Lamea al Hor, poète et ancien détenu, a entamé sa parole. Il croit que la défaite morale est encore plus dure que la défaite militaire. Pour lui, nous étions moralement vaincus, même avant l'invasion israélienne de Beyrouth en 1982.
Après 1982, toujours selon al Hor, les américains, l'impérialisme et les forces ennemies, ont œuvré non seulement pour nous vaincre aux niveaux militaire et politique, mais aussi pour arracher nos rêves.
Khadija, une ancienne détenue, raconte le jour où l'occupation israélienne a envahi le sud libanais. A cette époque là, elle habitait dans une maison donnant sur la route, dans un petit village calme et paisible. Elle n'oubliera jamais le sentiment qu'elle a eu à ce moment là. C'était comme si on violait sa propre fille sous ses yeux. Elle est rentrée chez elle et elle s'est mise à s'épiler. C'est ainsi qu'elle a commencé à réfléchir à la résistance.
Jean Chamoun, le réalisateur du documentaire intitulé "Zahrat al Qandal", dit que son film s'intéresse aux gens du Sud, surtout les femmes dans les villages, qui ont résisté sans armes, mais en usant des détails de leur vie quotidienne: pierres, huile bouillante, bâtons… Khadija, dont le mari a été détenu dans la prison de Ansar , faisait partie de ces femmes là.
Hussein Qassir, peintre, a passé 9 mois et 7 jours de détention dans la prison de Ansar. Selon lui, les israéliens n'avaient pas besoin de prétextes pour détenir les jeunes du Sud. Pour eux, tout jeune capable de vivre était par défaut condamné à la détention.
Lamea al Hor raconte à propos des coopérants avec l'occupation. Il dit qu'ils étaient toujours cagoulés pour cacher leurs identités. Pour lui, ils étaient comme s'ils avaient perdu toutes leurs habiletés face aux israéliens. Al Hor raconte une scène où des coopérants cagoulés, dans la foule, montraient de doigts des gens qui n'avaient rien à voir avec la lutte nationale ou avec la résistance et qui par conséquent, ont été interpellés et détenus par les israéliens seulement parce qu'ils étaient désignés par les coopérants.
Tyr est tombé, suivi par Nabatieh, se souvient al Hor, et il ne restait que Saida, alors que les arabes se contentaient de regarder de loin, indifférents et détachés. Pour lui, la position arabe était extrêmement lamentable face aux israéliens qui savaient comment se servir des moindres détails au profit de ce qu'ils prétendaient être leur "cause nationale". A cet égard, il souligne notamment que les arabes n'ont offert aucun soutien aux détenus de la prison de Ansar.
Lamea al Hor a raconté toute son expérience de détention, dans son livre "Immigré à la prison de Ansar". Il a été interpellé chez lui. Beaucoup de ses camarades étaient déjà détenus et il savait qu'il devrait quitter pour Saida, mais il n'avait jamais quitté et il n'a jamais su pourquoi!!! Il savait que sous le poids de la torture, la personne pourrait perdre sa capacité de résister et se livrer.
Quand les israéliens ont occupé le Liban Sud, ils n'y avaient pas de prisons. Ils n'avaient alors qu'à envoyer les détenus sud libanais à leurs prisons en Palestine, ou à la prison dite "des sœurs", qui était jadis la meilleure école de Saida, ou encore à la prison d'el Safa, qui était jadis une laboratoire chimique. 15 détenus ont été torturés jusqu'à la mort, dans la prison des sœurs et 20 dans la prison d'el Safa. Ces victimes sont catégoriquement niées par Israël qui n'a jamais livré leurs dépouilles à leurs familles, mais plutôt au responsable de l'association de l'enterrement des morts, qui lui, était contraint d'accomplir sa mission immédiatement.
Hussein Qassir continue en racontant comment les détenus de la prison d'el Safa, ont été transférés une semaine après leur détention, dans des prisons en Palestine, surtout dans les régions de Ofoula et de Marj ben Amer. Il se souvient de leur voyage vers les territoires palestiniens, qui était, d'après lui, extrêmement dur. Les détenus étaient enchaînés, les yeux bandés. Le bus qui les transportait s'est arrêté à plusieurs reprises et à chaque fois qu'il s'arrêtait, les soldats israéliens exerçaient sur eux, toute sorte de violence. Ils les insultaient, crachaient sur leurs visages, leur confisquaient tous ce qu'ils possédaient: chapelets, bagues, briquets… Qassir se demande: comment on a pu supporter cette souffrance?!Comment on a été tués et enterrés sans funérailles, sans les visages de consolateurs, sans même al Fateha (première sourate du Coran lue lorsque quelqu'un est mort).
Il poursuit en soulignant que pour Israël, le but des interrogatoires n'était pas la collection d'informations, mais plutôt l'humiliation des détenus. Les investigateurs étaient toujours à la recherche des points faibles de chacun des détenus qui eux le savait et qui se préparaient à ça. Par exemple, ils ont menacé Khadija de la violer, mais solide sans aucune résignation, elle leur a répondu: "faites ce que vous voulez… Dieu existe".
Lamea al Hor a commencé à écrire alors qu'il était encore en prison. La croix rouge distribuait des feuilles et des crayons aux détenus, lui il échangeaient ces cigarettes contre les feuilles de ces camarades détenus.
Hussein Qassir parle de la culture qu'il a acquise d'après son expérience dans la prison de Ansar. Il a appris que connaître l'ennemi est impérieux et qu'avoir une patrie est un besoin humain. Avant l'expérience de Ansar, il n'était pas conscient de ce besoin.
Date de diffusion: 17 Août-2005 sur al Jazira News.

Ahmed Raef: Interrogatoire des innocents
Ahmed Raef était en visite en Jordanie en 1974, lors de laquelle, il a rencontré Hassan al Toll, rédacteur en chef du journal jordanien al Lewaa, qui lui a demandé à propos de ce qui s'est passé en prison. Après avoir écouté son histoire, il lui a demandé d'écrire son expérience de détention. Raef a passé plus d'un mois au siège du journal, à écrire son livre "Derrière le portail noir", qui n'est ni un roman, ni un livre politique, mais il est plutôt une sorte de journal intime, où il se rappelle de tout ce qui s'est passé en prison entre 1965 et 1972. Mais bien que ce livre ait été écrit d'une manière instinctive, il dispose, quand même des éléments artistiques principaux, notamment la structure dramatique et le suspens. Mais ce qui est le plus important dans ce livre, ce qu'il renferme des événements et des personnages réels qui sont toujours en vie, capable de témoignage.
Ahmed Raef ne trouve aucune raison fondée pour sa détention, mais d'après lui, les circonstances politiques en Egypte, dans les années 60, ont exigé la détention de la plupart des membres du groupe des frères musulmans. Tout commence au centre ville du Caire, dans un restaurant populaire, où Raef prenait son déjeuner avec un ami. C'était en 1965. Son ami lui a demandé à propos de son salaire, il lui a répondu qu'il touchait 17 livres par mois. Son ami lui a alors proposé un emploi à 35 livres par mois. Raef a accepté l'offre et a démissionné de son emploi gouvernemental, mais il a été arrêté avant même qu'il ne soit embauché.
A cette époque là, il habitait avec son cousin, rue al Massoudy à Mancheyet al Bakry, où les forces de l'ordre sont venues l'interpeller, à trois heures du matin, après avoir fouillé sa chambre et saisi ses livres et recherches.
Dans la prison d'el Qalaa (la citadelle), on lui a demandé d'enlever sa ceinture, sa montre, ses lunettes et n'importe quel objet métallique. Ensuite on l'a amené dans une cellule où tout le monde était dans un état lamentable d'exténuation, leurs visages se cachaient derrière les traces de torture, leurs mains et leurs épaules étaient couvertes de blessures. Un des geôliers a appelé Raef puis il l'a giflé. Raef a répliqué en lui disant: "Pourquoi tu me gifles?! Nous sommes dans un pays doté d'une assemblée du peuple, des lois et d'une constitution". Il a à peine prononcé ces mots pour se trouver entouré d'une dizaine de geôliers acharnés et il a failli perdre la vie. Le lendemain, il a été convoqué pour les interrogatoires. L'interrogateur a commencé par lui poser des questions sur la confrérie, son armement et ses moyens d'entraînement. Raef a tout nié, et c'est ainsi que l' interrogateur l'a menacé en disant " Ait pitié de toi-même, tu es au bord d'une phase que tu ne pourras pas supporter" et c'est ce qui s'est passé effectivement. Ahmed Raef a été envoyé à "La friteuse" et a reçu "La tarte". Il s'agit de la torture qu'a subie Ahmed Raef suite à cet incident. Il a été acharnement battu, recevant plus de 200 coups de bâtons au dos. Il a ensuite été suspendu pendant trois jours sans pouvoir dormir. Après ces trois jours, il a été convoqué par le général Fouad Allam qui a commencé par lui dire: " Je veux t'épargner. Toute l'histoire tourne autour d'un mouvement clandestin, d'armes et d'entraînement…si tu veux épargner ta vie, tu n'as qu'à parler dans ces limites". Fouad Allam lui a effectivement dicté 9 pages d'aveux qui portaient tous sur des intentions d'assassiner Nasser et Amer et de renverser le régime au pouvoir. Il a signé ces papiers pour voir arriver à son terme la scène de torture que Raef a appelée: "Le massacre de la citadelle", ce massacre qui a fait 3 morts et plus de 400 blessés dont la plupart grièvement.
A la prison militaire, une nouvelle cérémonie de réception a été organisée à son honneur!!! Là, les moyens de torture étaient encore plus cruelle: fouettement, coups sur la tête, arrachage des ongles… Ces moyens de torture ont fait des dizaines de tués parmi les détenus. Ces victimes ont été présumées fugitifs dans les documents officiels.
Ahmed Raef nous amène chez Ahmed Adel Kamal, un ancien détenu qui a été farouchement torturé. Son cas de torture est aussitôt devenu, en lui-même, un des moyens utilisés pour effrayer le reste des détenus et les contraindre à parler.
Kamal nous raconte une histoire drôle. Des années après la détention, il a rencontré par hasard quelqu'un qu'il ne connaît pas, mais à sa surprise cette personne lui a dit:" Tu sais que c'était à cause de vous que j'étais condamné à 3 ans de prisons?", surpris, Kamal lui a demandé:"Mais comment ça?! Je ne vous connaît même pas". La personne lui a raconté qu'au lendemain de sa détention, on l'a amené dans la cellule où Ahmed Adel Kamal avait été torturé, et on lui a dit: "Tu parles ou tu subis le même sort que lui?" et il n'avait qu'à dire ce qu'ils eux voulaient qu'il dise.
Devant le procureur, Raef a déclaré que ses aveux lui ont été arrachées sous la torture. Le procureur n'avait rien à lui dire sauf que si c'était vrai, il devrait être réinterroger, torturé de nouveau et qu'il finirait par réécrire des pages d'aveux dictées!!!
Lors du procès militaire, un des accusés a enlevé ses vêtements pour montrer au juge Ali Gamal eddine Mahmoud, les traces de la torture qu'il a subie. Le juge a été choqué et a donné des ordres qui interdisent catégoriquement la torture dans la prison militaire. Mais c'étaient des ordres dont l'autorité ne dépassait pas le siège du juge.
Le procès a été ajourné par le juge à une date ultérieure, mais le juge est mort quelques temps après. Beaucoup de rumeurs ont circulé autour des causes de sa mort.
Ahmed Raef n'a jamais cru qu'il pourrait être libéré un jour, sauf le jour du décès de Nasser.
Date de diffusion: 27 Juillet-2005

L'Emprisonnement dans la réalité et dans le drame
"La différence entre les cellules tombes où nous sommes détenus et les tombes qui embrassent les dépouilles de nos martyrs dans notre village, c'est que nos cellules tombes a un plafond en ciment, un portail en fer qui vainc la lumière, sauf celle qui, étouffée, arrive à s'infiltrer de la seule brèche qui s'y trouve et qui mesure 20 centimètre de longueur et un seul centimètre de largeur; alors que les tombes des martyrs respirent les racines des oliviers dont l'ombre nous embrasse. Mais nous sommes quand même courageux". Il s'agit d'un extrait d'une lettre envoyée par Mohamed Korany à son fils Ali, un jour du mois de Juillet 1985. Korany est issu du village de Bent Jbeil dans le sud libanais. Il a été détenu dans la prison al Khyam, au mois de Février de la même année. Mortada al Amine est issu lui aussi du village de Bent Jbeil. Il était un nouveau diplômé de médecine, lorsqu'il a été détenu en 1986.
Juana Haj Toma, est la réalisatrice du film "La Prison al Khyam". Elle a réalisé ce film sans pouvoir tourner à l'intérieur de la prison, puisqu'en demandant l'autorisation de tournage, elle a reçu une fin de non-recevoir. " Comment peut on illustrer une prison en l'absence de son image?", pour Juana c'était un vrai dilemme. Mais la recherche l'a menée à la découverte d'énormément d'histoires de détentions qui devraient être racontées malgré tout.
De Gaules Boutros Tass avait à peine 16 ans, lorsqu'il a été détenu pour la première fois en 1976. Quatre ans plus tard, il a repris de nouveau ses activités de résistance et a joint les rangs du Mouvement de La Résistance Islamique (Le Hezbollah). Il a été détenu encore une fois en 1999, dans la prison al Khyam, où il est resté -jusqu'à la libération du sud libanais et de la prison- dans une cellule dont la surface ne dépassait pas les deux mètres carrées et où un bout de papier et un crayon faisaient partie des interdictions catégoriques. Un jour, les détenus ont trouvé un bout de crayon qui ne dépassait pas les deux trois centimètres. Lorsque la direction de la prison a découvert la présence de cet objet ennemi, elle a torturé, pendant cinq jours, le détenu chez qui on a trouvé ce bout de crayon pour qu'il avoue d'où il avait acquis cet objet. Dans des cellules comme celles là, certains objets étaient parfois utiles pour pouvoir écrire une pensée ou un vers. Un des personnages du film raconte qu'il avait sur lui, dans sa cellule individuelle, un livre d'illustration. Il a utilisé ses feuilles pour écrire. Un autre ancien détenu raconte que pour écrire, lui il usait d'un morceau de tissu noir, sur lequel il écrivait avec du savon blanc. Les papiers toilettes et les bouts de carton servaient eux aussi de supports qui ont préservé des idées, des pensées et des poésies, nées au sein de la prison al Khyam.
Comment passer le temps? C'est justement la question la plus difficile qu'on peut se poser en prison. On est détenu et on ne sait même pas pour encore combien de temps. On espère que ça ne dure pas longtemps, mais le fait c'est que l'on est détenu et que l'on ne sortira que lorsque les geôliers le voudra. Pour vaincre le temps: raconter, se disputer et dormir était les meilleurs moyens disponibles aux détenus.
Mais pour certains, la prison a ses avantages. Pour eux, la prison clarifie les esprits et rend le détenu plus disposé à voir les réalités d'une manière plus claire et plus profonde. A l'extérieur de la prison, on se préoccupe des aspects et des accumulations de la vie quotidienne, de la famille et des enfants, et ce sont des détails qui réduisent la clarté de la vision. Par contre, en prison, on est face à soi, on contemple, on réfléchit, on s'attendrit, on ressent la nostalgie. Les sens s'affluent lucides dans nos forts intérieurs.
Les histoires de torture sont infinies, mais leur but est toujours la même: briser la volonté du détenu et le contraindre à admettre avoir commettre des "crimes", même ceux qu'il n'avait jamais commis. Mais la torture ne touche pas seulement à la volonté du détenu mais aussi et plus encore à sa dignité en tant qu'être humain, surtout que les moyens de torture sont par définition inhumains, tels que le fouettement, la suspension, les chocs électriques… ou encore laisser le détenu debout toute la nuit dans une cellule noire, inondée d'eau froide, en plus de la torture psychologique, en faisant entendre aux détenus isolés dans leurs cellules, par le biais d'une radio interne, les voix de la torture de leurs camardes. Certains personnages du film affirment que beaucoup sont ceux qui ont admis avoir commis des actes qu'ils n'avaient jamais commis sous le poids de ce genre de torture.
C'étaient des choses minimes qui pouvaient aider à apaiser la souffrance des détenus et la cruauté de leur expérience dans la prison al Khyam, tels que les travaux manuels: ils avaient l'habitude de ramasser les petits cailloux et les olives séchés dispersés par terre et en faire des chapelets. En outre, l'écriture, même si c'était sur un bout de papier à cigarette et avec un crayon de deux centimètres, aidait à se libérer de la souffrance.
Le fait que tous les détenus dans la prison al Khyam soient les fils d'une même cause, a crée une mode de vie au sein de la prison, qu'on trouve rarement dans d'autres communautés. Une mode de vie qui repose sur la sympathie, la compassion et la solidarité.
"La Prison al Khyam" a participé à 70 festivals autour du monde. Il a fortement touché et influencé tous ceux qui l'ont vu. Avec ce film, les anciens détenus de la prison al Khyam, ont ressenti qu'ils avaient réalisé une nouvelle victoire.
Date de diffusion: 22 Juin-2005
L'itinéraire de l'aigle
C'est l'incident qui a eu lieu en 1946, qui a poussé Edward al Kharrat à écrire son roman " L'itinéraire de l'aigle" en 1964. Cet incident s'accumulait dans son fort intérieur pour de longues années, pour finir par ruisseler sous forme de lettres et de mots. Cet incident a eu lieu, en Alexandrie, un jour de l'année 1946, lors des manifestations d'étudiants et d'ouvriers. Les rues d'Alexandrie étaient désertes sauf de manifestants. Une petite manifestation d'étudiants de la faculté des droits, est sortie près de la station al Raml, pour se relier avec une autre plus grande, vers la rue al Tatwig. La manifestation est passée à côté d'un camion qui transportait des soldats britanniques. Il était tellement assimilé par la manifestation, lorsqu' Edward al Kharrat a ressenti la balle passer juste à côté de son oreille. Il a écouté son intonation et ressenti sa chaleur. La balle a tué un étudiant. " Un bonhomme alexandrin a mis le feu à sa jalabeya et l'a jetée sur le pavillon des soldats".
L'itinéraire de l'aigle, comme décrit par al Kharrat, est l'itinéraire de toutes ces valeurs: la rage contre l'injustice, la révolution contre la persécution, la consécration des valeurs de la justice et de la dignité… al Kharrat estime que nous souffrons actuellement d'une crise, et se demande si l'itinéraire de l'aigle est coupé?! Si les aspirations pour la justice et la liberté sont éclipsées pour de bon?! Si les trahisons, les déceptions, et les échecs étaient tous pénibles?! Il croit que toutes ces valeurs et toutes ces aspirations sont toujours là (Il met le doigt sur sa poitrine).
A cette époque là, l'université d'Alexandrie était encore l'Université de Farouk Premier. Ses étudiants participaient aux manifestations et à la distribution des tracts. Edward al Kharrat, lui, il écrivait des avis, les imprimer et les plaquait dans la station métro de Moharam Beik et dans les rues d'Alexandrie. Il distribuait, en outre, un magazine qui s'intitulait "La lutte révolutionnaire". Cette année là, l'année 1946, était l'année de grands incidents, dont l'incident connu sous le nom de "l'incident du pont Abbas". Le gouvernement d'Ismail Sedky, a donné ses ordres aux forces armées de siéger, par leurs blindés, l'université où les étudiants étaient rassemblés en grève. Edward al Kharrat, se souvient que lorsque la nuit est tombée, les gens jetaient des sandwichs pour les étudiants siégés, depuis leurs balcons donnant sur l'enceinte de l'université.
Concernant les positions adoptées à l'égard de la création de l'Etat d'Israël, deux positions partageaient la scène politique égyptienne, à cette époque là. La première était la position marxiste qui prévalait à cette époque là. Elle était pour la création de l'Etat d'Israël. Les marxistes croyaient que la création d'un Etat pareil signifiait la création d'une nouvelle puissance capable de lutter contre les régimes autoritaires dominant à cette époque là, et de rendre aux juifs de la diaspora une partie de leurs droits…etc c'était justement des idées typiquement marxistes, inspirées de la philosophie politique propres à l'Union Soviétique.
La deuxième position, considérée jusque là comme la position de la minorité, était contre la création de l'Etat d'Israël. Selon cette position, la question palestinienne ne pourrait être résolue que par l'union des forces populaires palestiniennes elles mêmes, alors que la question juive ne pourrait être résolue que par l'intégration des juifs dans les sociétés de leurs pays, côte à côte avec les autres communautés religieuses ou ethniques. Selon al Kharrat, les égyptiens n'étaient pas racistes à l'égard des juifs. Il se souvient que les juifs vivaient en Egypte, en tant que citoyens comme tous les autres citoyens égyptiens, chrétiens et musulmans. Il y en avait parmi eux qui portaient la Jalabeya et qui ne parlait que l'égyptien dialectal.
La première manifestation contre la création de l'Etat d'Israël, a eu lieu le 15 mai 1948. Al Kharrat y a participé, sachant qu'il pourrait être interpellé à n'importe quel moment. Les décrets arbitraires ont été déclarés. Le pays passait par une crise politique, économique et morale. Les casernes britanniques étaient en plein centre d'Alexandrie. Le drapeau britannique flottait dans le ciel de la ville, suscitant la rage et la colère dans les cœurs des égyptiens. Toutes ces hypothèses étaient derrière l'adhésion d' Edward al Kharrat au mouvement national révolutionnaire contre l'occupation, le palais et les pachas. Comme il l'avait prévu, Edward al Kharrat a été détenu, le
Lendemain vers l'aube. C'est ainsi que l'itinéraire de l'aigle a commencé.
Il y avait avec lui, comme camarades de cellules, deux ouvriers, l'un s'appelait Saber et l'autre, il ne se souvenait plus de son nom. Ces deux ouvriers figurent parmi les personnages de son roman. Edward al Kharrat, souligne qu'en dépit de leur culture limitée, ses camarades ouvriers avaient une clarté d'esprit et un sens patriotique révolutionnaire indéniables et infinis.
Ce jour là, beaucoup de gens ont été arrêtés, dont la plupart étaient alexandrins, en plus de quelques yougoslaves fuyant Tito, ou fuyant le communisme. Mais c'est de l'ironie du sort que tous ces gens là soient arrêtés et accusés de communisme. L'Etat avait déclaré les décrets arbitraire dans le but de participer à la guerre en Palestine destinée à anéantir la guérilla sioniste.
Avec Edward al Kharrat, nous nous sommes rendus à Abou Kir, où se trouvait jadis, la prison où il était détenu, entourée par des casernes britanniques, et qui sont remplacées aujourd'hui par des maisons construites par l'Etat.
Edward al Kharrat souligne qu'à l'époque où il a été emprisonné, le mot "détenu politique" avait une grande valeur et jouissait d'un grand respect.
Edward al Kharrat, était fonctionnaire à la Banque Nationale, lorsqu'il a été détenu. Il dit à sa femme en rigolant " si je n'ai pas été détenu, j'aurais été le directeur à la retraite de la branche de la banque dans la ville à Tahta".
" Abou Kir, 17-05-1948,
Chère maman
Je vous envoie mes salutations les plus douces.
Je n'ai rien reçu jusqu'à maintenant. Je les attends, tous les jours à 10 heures. Veuillez donner plus d'importance à cette question. J'ai seulement besoin d'une babouche et de boxer-shorts blancs. Ce n'est pas la peine d'envoyer le lit, nous allons recevoir des lits prochainement. Bien sûr je me sens bien ici, ne vous inquiétez pas pour moi. Il y a ici du soleil, de l'air, nous faisons du sport, nous sommes bien traités et nous mangeons une bonne bouffe!!! Il ne me manque que les livres, s'il vous plait envoyez moi les livres que j'ai demandés. S'il n'y a pas d'autres solutions, vous pouvez envoyer toutes les affaires à la station de police d'Abou Kir, et elles vont arriver saines et sauves au camp".
(Extrait d'une lettre adressée par Edward al Kharrat à sa mère, lors de sa détention).
Date de diffusion: Le 21 septembre-2005
3. Une nouvelle vie Arabe au Venezuela
Le 23 Janvier 1958, Le Venezuela s'est débarrassé de son dictateur Marcos Pérez Jiménez, qui le gouvernait depuis 1952, selon Tony Karah Beit (pleasecheck the spelling), Professeur de la langue française à l'université de Simon Bolivar. D'après lui, à partir de cette date, une nouvelle ère de démocratie a pris la relève au Venezuela, pour continuer jusqu'à nos jours. C'est justement cette démocratie qui a mené Hugo Chavez à la tête du Pays en 1999, toujours selon Tony Karah Beit.
Hugo Chavez était lieutenant-colonel aux forces armées vénézuélienne, lorsqu'il a tenté son coup d'état contre le régime du président Carlos Andrés Perèz, en 1992.Il s'agit d'un coup d'état manqué, suite auquel il a été emprisonné. A sa sortie de prison, Chavez a entamé sa carrière politique qui l'a mené à la tête du pays, comme président élu, en 1999.
Ce film montre le schisme politique qui a lieu actuellement au Venezuela entre les fidèles de Chavez et ses ennemis. Raimond Fichy (pleasecheck the spelling), (d'origine arabe) est le conseiller du président de la république pour le Proche-Orient. Il souligne que le pétrole censé être la source de prospérité pour le peuple vénézuélien, est au fait la source de sa détresse, du fait qu'il a fait du Venezuela une proie perpétuelle à la voracité.
La chanson diffusée dans le film, est une chanson écrite par Hugo Chavez et qui montre sa conception à l'égard de lui-même. Il conçoit lui-même, comme une personne qui ne s'intéresse pas au pouvoir, comme une personne sans inclination politique ni à gauche ni à droite. Il se considère comme une partie d'un tout. Chavez met l'accent sur la même idée, en montrant un tableau qui lui a été offert par le président algérien Abdel Aziz Bouteflika, lors d'une visite en Algérie. Il explique que quand il a vu ce tableau, il a ressenti qu'il appartenait à ces berbères là, à ces arabes là, aux gens du désert.
Roméo Moawad, homme d'affaires d'origine arabe, estime que le Venezuela, loin d'être raciste, est un pays ouvert: "Quand un arabe vient ici, il est le bienvenu. Les vénézuéliens l'accueillent avec hospitalité et il ne se sent jamais étrangers parmi eux, même s'il ne parle pas l'espagnol. Ici, l'italien parle l'italien, l'arabe parle l'arabe, le français parle le français, chacun parle sa langue sans aucun problème. Le musulman a sa mosquée, le maronite, le catholique, l'orthodoxe, chacun a sa propre église et est libre de croyance". Moawad affirme en outre que les Arabes de Venezuela, n'ont pas été affecté par les répercussions des attentats du 11 septembre, du fait que la plupart d'entre eux sont des hommes d'affaires et de finance, loin d'être fanatiques.
Dans les registres officiels de l'ambassade du Liban à Caracas, la communauté libanaise au Venezuela compte environ 30 mille membres, mais ce nombre peut élever en réalité à plus de 150 mille. Cet écart est du essentiellement au fait que plusieurs noms de familles libanais, ont été changé en noms de familles espagnols. Par exemple: Le nom de famille libanais Ghosn (littéralement branche en français), s'est transformé en Ramo (ce qui veut dire branche en espagnol), de même la famille Helw est devenue la famille Beo. Mais selon Moawad, tous les libanais de Venezuela sont toujours fiers d'être libanais à l'origine.
Ibrahim Karah, homme d'industrie d'origine syrienne, passe son temps libre, comme le montre le film, à cultiver certaines plantes, dont il apporte les graines de la Syrie.
Il cultive la citronnelle, la Fleflé et la Molokheya, qu'il cuisine après à l'égyptienne avec du bœuf ou du poulet.Après quelques années au Venezuela, Ibrahim Karah est retourné au Liban en 1965, mais la guerre de 1967 s'est déclenchée deux ans plus tard. Il a essayé de supporter la situation précaire dans la région, jusqu'en 1979, où il a décidé de regagner le Venezuela, cette fois-ci pour de bon. C'est ainsi qu'il a commencé son commerce et ses activités économiques.
Samir Makhlouta, parle de Puerto la Cruz, deuxième grande ville du Venezuela, où la communauté syrienne a fondé son club, le club syrien en 1981. La municipalité de la ville a également contribué à la création de l'école de la communauté syrienne en lui offrant un morceau de terrain. La construction de la première église syrienne à Puerto la Cruz, est actuellement en cours. "La communauté syrienne au Venezuela est une grande communauté qui compte des professeurs d'université, des ingénieurs, des avocats, des comptables, dont la plupart vient d'Alep. Au Venezuela, ils ont consolidé leur cohésion par des liens de mariage. Selon Makhlouta, Les Arabes au Venezuela, en général, jouissent d'une bonne situation économique. Il explique ce fait en soulignant que les Vénézuéliens sont habitués à changer leurs meubles tous les deux trois ans, alors que les Arabes dominent le domaine de l'immobilier au Venezuela, tout comme les Italiens et les Espagnols qui dominent le domaine de la restauration.
Mohamed al Sabty, commerçant d'origine palestinienne, souligne que l'immigration palestinienne vers le Venezuela a commencé au lendemain de la Nakba de 1948 (la création de l'Etat sioniste sur la terre palestinienne). L'UNRWA, Agence de secours et de Travaux des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens, encourageaient et facilitaient cette immigration. Mohamed al Sabty, était parmi les palestiniens qui ont mis les pieds au Venezuela, en 1962. En 1963, la communauté palestinienne au Venezuela ont crée le club palestinien ainsi qu'une mosquée, une école et un cimetière. La communauté palestinienne compte actuellement environ 60 mille personnes. Ils sont tous d'accord sur le principe de l'interdiction du mariage avec des étrangers ou étrangères.
L'Union du peuple palestinien, même dans la diaspora, est un principe clé pour les palestiniens du Venezuela, souligne Rabah Dakka, d'origine palestinienne. Il a la nationalité vénézuélienne, il adore le peuple vénézuélien et il est reconnaissant à l'égard de tout ce que le Venezuela lui a offert et lui offre toujours, mais le Rêve du retour reste pour lui, le rêve de sa vie.
Mohamed abdel Hady, directeur d'affaires d'origine libanaise, souligne que les Arabes de Venezuela ont trouvé en Chavez le leader qu'ils n'ont pas pu trouver en aucun des dirigeants arabes .En ce qui concerne les causes arabes, il est plus royal que le roi. Ses positions sont le plus souvent qualifiées de pro-arabes, en ce qui concerne la Palestine, l'Irak ou autres. D'après Raimond Kabchi , conseiller du président de la république pour le Proche-Orient, les anciens gouvernements vénézuéliens n'adoptaient pas les mêmes positions de Chavez, du fait que leurs intérêts politiques et économiques étaient étroitement liés au capitalisme international et par conséquent au sionisme.
Mais Tony Karah, affirme à la fin du film que si la situation au Venezuela reste telle qu'elle est, il présentera ses papiers d'immigration au Canada!!!
Date de diffusion: le 20 Juillet-2005

Les Arabes et le commerce au Venezuela:
Après 14 ans au Venezuela, Tony Garabet , d'origine libanaise, se considère vénézuélien par excellence, en dépit de sa nostalgie et sa passion à l'égard de son pays d'origine.
Tony Garabet nous explique d'où est venu le nom " Venezuela". Il raconte que lorsque l'italien, Amerigo Vespucci a mis le pied pour la première fois au Venezuela, accompagnant son camarade Christophe Colomb lors de l'un de leurs voyages explorateurs, il a trouvé que les maisons sont construites sur des canaux ce qui lui a fait rappeler Venise, il lui a donc donné le nom de la "Petite Venise" qui s'est transformé avec le temps en " Venezuela". Pour le nom de la capitale Caracas, toujours selon Tony Garabet, c'est le nom de la tribu des indiens Caraïbes qui habitait cette terre à l'origine.
Le Venezuela jouit d'une grande diversité démographique et ethnique, en plus des autochtones indiens, se trouvent également les noirs dont les ancêtres ont été amenés de l'Afrique comme esclaves, les métis, ainsi que les communautés espagnole, italienne et arabe. Cette dernière est une des plus grande communauté étrangère au Venezuela, elle compte environ 1 million de personnes, dont la majorité est d'origine syrienne, provenant pour la plupart de la ville d'Alep.
Roufael Mobayad, le grand père de Tony Garabet, est arrivé au Venezuela en 1930. Au début il comptait aller aux Etats-Unis, mais quand il a appris que le billet d'avion pour le Venezuela est moins cher, il a décidé de changer sa destination. Selon Garabet, à cette époque là, les conditions d'immigration pour l'Amérique du nord exigeaient que l'immigrant soit alphabète. Seulement l'élite était autorisée à immigrer en Amérique du nord, alors que pour les analphabètes, on les débarquait au Venezuela, en leur faisant croire que c'était les Etats-Unis. On leur disait: "Vous êtes arrivés, restez ici".
Le voyage d'Anourine Fattal pour le Venezuela a duré 18 jours, lors desquels le bateau qui l'embarquait s'arrêta à plusieurs reprises dans plusieurs ports, en Egypte, en Turquie, en Espagne… Son mari était déjà au Venezuela, il y a deux ans. Ils avaient trois enfants. Un peu plus tard, ils ont fait venir sa belle mère et sa belle sœur. Ça fait 44 ans qu'Anourine est sa famille sont installées au Venezuela.
Au début on appelait les Arabes, les Turques. A cette époque là, le Liban et la Syrie étaient encore sous le pouvoir ottoman et par conséquent leurs citoyens voyageaient avec des passeports turcs.
Roufael Mobayad, raconte tristement que les responsables vénézuéliens d'immigration ne savaient pas la langue arabe, ce qui a fait que plusieurs noms arabes ont été déformés, parmi lesquels son nom de famille qui s'est transformé de Mobayad en Bayad. Il croit que si les noms de famille des premiers immigrés ne seront pas vérifiés et documentés, d'ici 100 ans on ne sera plus capable de reconnaître les familles d'origine arabe.
Anourine nous raconte que c'était extrêmement difficile pour elle d'apprendre la langue espagnole. Anis al Souky, quant à lui, il parlait le français et l'anglais même avant son arrivée au Venezuela, ce qui lui a facilité l'apprentissage de la langue espagnole.
5 jours après son arrivée au Venezuela, Anis al Souky a commencé à travailler avec son oncle qui était déjà au Venezuela depuis quelques temps. Il lui a donné une valise pleine de produits variés pour aller les vendre porte-à-porte, par crédit. Il s'agit d'al Kasha, le métier, qu'a exercé la plupart des arabes immigrés au Venezuela.
Le mari d'Anourine a lui aussi commencé par ce métier, ensuite il a ouvert un magasin. Ils ont réparti les rôles. Il s'occupe de la vente porte-à-porte, alors qu'elle s'occupe du magasin, mais la langue lui posait un problème, surtout avec les clients. En plus de son travail au magasin, Anourine a également travaillé comme couturière pour pouvoir répondre aux besoins de la nouvelle vie au Venezuela.
Anis al Souky, quant à lui, il a travaillé dans le commerce d'or et de diamant. Il voyageait beaucoup à Bolivar et aux villages qui les entourent pour son commerce. Au cours de l'un de ces voyages, il a rencontré sa femme qu'il a épousée en 1945.
La même année, il a pu ouvrir sa première joaillerie
Tony Graffite, nous raconte de sa famille qui était obligée de travailler pendant 12 heures tous les jours, de 7 heure du matin à 19 heure le soir, pour pouvoir gagner sa vie. Anourine nous parle de leur commerce qui a commencé par al Kasha, et qui s'est élargi au fil des années leur offrant une large fortune. Quant à Roufael Mobayad, il nous parle du développement harmonieux de la société.
Anis al Souky, est très fier de La Banque de la Caraibe, fondée il y a 35 ans, à Caracas, par un autre libanais, Nasri Daou. Anis al Souky a participé à la fondation de cette banque où il a travaillé pendant ces longues années. La Banque de la Caraïbe possède actuellement, plus d'une dizaine de branches à travers le Venezuela.
Raymond Kabchi, nous offre un exemple différent. Bien qu'il a commencé par le commerce comme la plupart des Arabes immigrés au Venezuela, mais ç'était juste un premier pas pour qu'il puisse ensuite réaliser ses ambitions universitaire, professionnelle et sociale. Il est arrivé au Venezuela, alors qu'il ne possédait que 100 Dollars, avec lesquels il a entamé son petit commerce. Ensuite, il a pu joindre l'université, il a obtenu son diplôme puis son doctorat de droits. Il a travaillé comme professeur d'université, en plus de son travail au ministère vénézuélienne des affaires étrangères. Il est actuellement avocat.
Concernant les motifs de l'immigration, Kabchi souligne que les régimes au pouvoir en Syrie et au Liban ont prétendu qu'il s'agissait de la passion des phéniciens à l'égard de l'aventure, mais ce n'était qu'un mensonge, selon Kabchi. Quant à Roufael Mobayad, il parle de la discrimination exercée par le pouvoir Ottoman contre les chrétiens, soulignant qu'elle était une discrimination indirecte, par le biais des groupes islamistes extrémistes, auxquels le pouvoir Ottoman a eu recours pour se débarrasser des chrétiens. Pour Tony Graffite, l'ambition était parmi les motifs les plus importants de l'immigration. Anourine Fattal, croit que s'ils étaient restés au Liban, leur situation économique et sociale n'aurait jamais progressée, mais au Venezuela, ils ont pu réalisé un grand succès et une large fortune. Selon Anis al Souky, c'est grâce aux efforts sérieux déployés par les libanais de Venezuela, que la communauté libanaise figure actuellement parmi les plus grandes communautés de Venezuela et sans doute l'une des plus respectables.
Date de diffusion: Le 13 Juillet-2005

L'Equateur: A cheval entre deux cultures
Ahmed Massoud, a quitté l'Egypte, son pays natal, en 1985. Il a fait le tour de presque tous les pays de l'Amérique Latine, espérant pouvoir un jour dépasser les frontières pour Miami et ne jamais retourner en Egypte. Tout a commencé par un voyage organisé avec une agence de voyage. Ils étaient un groupe de 120 personnes. Du Caire à Amsterdam, ensuite l'Equateur pour finir au Panama. Au Panama, ils ont commencé à chercher à partir aux Etats-Unis, mais ils devaient payer fortune. Ils ont alors décidé de se rendre au Guatemala, où ils sont restés pendant un mois. A cette époque là, le Guatemala était dominée par la guérilla et la situation sur le terrain était très dure. Au bout d'un mois, ils ont pu enfin tombé sur un groupe de trafiquants qui leur ont promis de leur faciliter le passage des frontières vers les Etats-Unis. Ils ont payé l'acompte, croyant que leur rêve était au bout de se réaliser. Mais le lendemain leur a apporté une mauvaise surprise. Les trafiquants étaient en plus des escrocs, ils ont fui avec l'argent. Ils ont alors décidé de continuer le chemin tous seuls. Ils sont arrivés à atteindre les frontières avec le Mexique. Mais c'était impossible de prendre un seul pas de plus à l'intérieur du Mexique. Ils ont alors repris le chemin qu'ils ont fait mais dans l'autre sens, pour finir en Equateur encore de nouveau.
De tous les pays qu'Ahmed Massoud a traversés au cours de ce voyage, c'était l'Equateur qu'il a préféré. Il a aimé ses gens et son climat, en plus c'était le pays le plus sûr de la région. Il a pris sa décision finale de s'y installer.
Mais la situation a beaucoup changé au fil des années et l'Equateur n'est plus le pays le plus sûr qu'il était, il y a une vingtaine d'années. Avant deux ans, le supermarché de Ahmed Massoud a été atteint par des hommes armés dans un acte de braquage. A la suite de cet incident, Massoud a décidé de ne jamais laisser de l'argent dans la caisse, de doter le gardien d'une arme automatique et de renforcer ses dispositifs de sécurité et de protection.
La monnaie nationale de l'Equateur était le sucre, mais en l'an 2000, le nouveau gouvernement a décidé de la dollarisation de la monnaie, et depuis l'Equateur s'est transformé en un pays consommateur par excellence, la situation économique s'est détériorée et beaucoup d'entreprises ont été déclarées en faillite.
Ahmed Massoud a épousé une équatorienne. Il souligne que ce mariage a posé beaucoup de problèmes au début. Il avait à choisir entre ses mœurs et ses traditions et celles de son épouse. Mais avec le temps et le dialogue continu, ils ont pu trouver ensembles des solutions à certains de ces problèmes. La belle-mère de Ahmed Massoud souligne que sa mère (la mère de Ahmed Massoud) était contre ce mariage, du fait que sa femme est catholique et pas musulmane. Mais pour la belle-mère, c'est le respect réciproque entre les deux époux qui a pu résoudre le problème de la différence de religions.
Ahmed Massoud trouve qu'il avait de la chance, parce qu'il a eu des garçons et pas des filles. Selon lui, élever des filles à l'étranger est beaucoup plus dur et plus difficile d'élever des garçons, mais n'empêche que les garçons ont leurs problèmes eux aussi, notamment à l'âge de l'adolescence lorsqu'ils commencent à avoir des petites copines. Ahmed Massoud essaie de résoudre ces problèmes par le dialogue et certaines restrictions.
Le fils aîné d' Ahmed Massoud, trouve que la conciliation entre les deux cultures arabe et équatorienne est difficile. La chose la plus importante pour lui, c'est le respect des consignes de sa religion. Son fils cadet, trouve par contre, que les équatoriens sont plus ouverts que les égyptiens.
Ayman Ramadan, a visité l'Equateur pour la première fois, il y a 10 ans, comme boxeur amateur. Il avait 18 ans. Il a rencontré un homme d'affaire égyptien, Adel al Aassar, qui lui a proposé de jouer comme boxeur professionnel aux Etats-Unis, et ce qui s'est passé effectivement. Du retour en Equateur, il a passé par une très mauvaise expérience. Il a travaillé comme gardien d'un homme d'affaires équatorien, qui a été ensuite arrêté et accusé de trafic de drogues. Ayman Ramadan, a été arrêté lui aussi et condamné à 4 ans de prison, accusé d'être témoin qui n'a pas déclaré à la police la vraie nature des activités de cet homme d'affaires. Il lui reste encore 11 mois en prison. Il continue ses entraînements sportifs à l'intérieur de la prison. Sa fille d'un mariage manqué avec une équatorienne, s'appelle Salma. Elle a 4 ans.
Mohamed abdel Azim, qui nous a permis de tourner dans son restaurant, est venu en Equateur pour la première fois en 2000. Il a été envoyé par le ministère égyptien des affaires étrangères, pour une mission de diplomate de deux ans. Du retour en Egypte en 2002, il a pris la décision de retourner en Equateur et s'installer là bas. Il a ouvert un restaurant spécialisé dans les cuisines égyptienne et indienne. Mohamed abdel Azim trouve une grande différence entre les mœurs et les traditions égyptiennes et celles équatoriennes. Pour lui, le grand atout de l'Equateur, c'est justement la démocratie dont il jouit. Il souligne en outre, que le peuple équatorien est un peuple pacifique, loin d'être violent, mais la violence vient surtout de la Colombie voisine.
Pour Mahmoud Chedid, comme pour beaucoup d'immigrés, l'Equateur n'était qu'un transit en route pour les Etats-Unis. C'était en 1997, lorsque Mahmoud Chedid a pu enfin arriver aux Etats-Unis. Il a vécu là bas pendant 4 ans. Mais il a été expulsé après les événements du 11 Septembre. Il a alors regagné l'Equateur. Il y est resté pour un certain temps avant d'essayer de regagner les Etats-Unis encore une fois, mais il a été expulsé de nouveau et il n'avait que rester en Equateur. Il a ouvert un petit restaurant et a réussi à faire de l'argent. Mais Chedid regrette qu'il ait quitté l'Egypte un jour. Il regrette ne pas avoir une famille et des enfants jusqu'à maintenant, comme ses amis et collègues qui sont restés en Egypte. Il conclut: " Il suffit qu'ils sont parmi les leurs".
Date de diffusion: Le 3 Août-2005

L'Equateur:Femmes et Racines
Leila Dassoum est née en Equateur, alors que son père avait dépassé ses 54 ans. Elle a été suivie d'un garçon, alors qu'elle avait déjà 3 sœurs. Leila s'est trouvée très tôt obligée à aider son père dans son commerce, parce que son frère était encore jeune.
Yvone Baky est née en Equateur. A l'âge de 15 ans, elle est partie au Liban, où elle s'est sentie étrangère. Elle s'est ensuite rendue en Europe, mais elle a eu là bas le même sentiment. Elle s'est sentie sans patrie. Pour elle, l'art était la seule chose qui lui faisait sentir qu'elle appartenait à quelque chose.
Mariam Touma abu Hagar, entendait toujours ses parents parler de la Palestine, ses mœurs et ses traditions.
Leila Dassoum, raconte que son père est venu en Equateur en 1926. Il a travaillé dans le domaine du commerce. Ses cousins, les cousins de son père, étaient déjà en Equateur, travaillant dans le domaine du commerce du textile. Son père s'est installé dans la capitale et a ouvert un magasin qu'il a appelé en Espagnol ce qui veut dire en français "Le Bon Marché". Son père était marié avec une femme libanaise, avec qui il n'a pas eu d'enfants. Ce mariage a duré 37 ans. Après la mort de sa femme libanaise, il a épousé la mère équatorienne de Leila, ses sœurs et son frère.
Le père d'Yvone Baky, est venu en Equateur à l'âge de 17 ans avec sa sœur. Il a commencé très jeune à travailler dans le domaine de la culture de la banane. Actuellement, il est le plus grand cultivateur de bananes en Equateur, on l'appelle "Le Roi des Bananes". Il a épousé une femme équatorienne, avec qui il a eu 3 enfants. Après sa mort, il s'est rendu au Liban pour une visite, lors de laquelle, il est tombé amoureux d'une femme libanaise, qui est devenue plus tard sa femme et la mère d'Yvone et ses 4 frères.
Mariam Touma abu Hagar a une histoire tout a fait différente. Ses parents sont partis en Equateur, pour rendre visite à leurs oncles déjà installés en Equateur, il y avait longtemps. Ils étaient hommes d'affaires très distingués dans le domaine de l'importation du textile. La mère de Mariam est tombée malade. Ses parents ont été alors obligés de prolonger leur visite en Equateur, mais cette visite allait durer pour toujours. Les parents de Mariam ont décidé de s'installer en Equateur. Avec le temps, le foyer de Touma abu Hagar en Equateur, est devenu le foyer qui accueillait tout immigré palestinien, nouvellement arrivé, jusqu'à ce qu'il trouve un endroit pour s'y installer.
A L'âge de 15 ans, Ivone Baky, s'est rendue au Liban pour une visite. Un jour, alors qu'elle conduisait sa nouvelle voiture sur la corniche d'al Wazea, elle a heurté la voiture d'un jeune homme blond aux yeux verts. Cet accident était le début d'une histoire d'amour qui allait finir par un mariage. La famille d'Yvone était contre ce mariage, à cause de son jeune âge. Mais elle a épousé son bien aimé et elle est restée avec lui au Liban. Elle a eu 3 enfants, Mohamed, Faisal et Tatiane.
Le père de Mariam Touma abu Hagar, a décidé d'accompagner ses enfants dans un voyage en Palestine. Il a voulu qu'ils soient baptisés dans leur pays d'origine. Mariam avait 4 ans, lorsqu'elle a été baptisée, dans la même église où son père avait été baptisé et par le même prêtre qui avait baptisé son père.
Le père de Leila Dassoum, a lui aussi décidé d'envoyer ses enfants au Liban pour des raisons religieuses. Il s'est rendu compte que ses cousins ont tout a fait perdu leur religion. Il a alors décidé d'envoyer Leila et ses sœurs, accompagnées par leur mère, au Liban, pour vivre là bas. C'était en 1966. Elle sont restées là bas jusqu'en 1975. Elles se sont trouvées obligées à retourner en Equateur, à cause de la guerre. Ces dix années ont joué un rôle très important dans la formation islamique de Leila. Du retour en Equateur, c'était un choc pour elle. Elle a trouvé que les équatoriens sont très ouverts, alors elle a décidé de prendre ses distances. Mais après un certain temps, ne pouvant pas supporter son isolement, elle a commencé à avoir certains amis. Elle a rencontré un jeune équatorien bien élevé et respectueux, mais il n'était pas musulman. La religion avait une grande importance pour Leila, mais pour choisir son homme de vie, c'était ses bonnes manières qui comptaient, alors elle l'a épousé.
La cause palestinienne a préoccupé Mariam depuis son jeune âge, grâce aux histoires de son père. Elle suivait toujours les nouvelles provenant de la Palestine dans les journaux. Les boucheries menées régulièrement par Israël contre les palestiniens n'ont jamais cessé de l'écœurer. Un jour, lors d'une visite à Pérou, elle s'est rendue au siège de l'OLP à Lima. Elle s'est présentée aux responsables palestiniens et elle leur a annoncés son désir de faire quelque chose pour la Palestine. Ils lui ont proposée de travailler en Equateur sur la mobilisation des gens en faveur de la cause palestinienne. En 1984, Mariam a été invitée au premier congrès palestinien, organisé à Sao Paulo au Brésil. Ce congrès a marqué le début de la lutte de Mariam en faveur de la cause palestinienne. En 1996, le président palestinien Yasser Arafat, l'a nommée, représentante de la Palestine en Equateur.
Quant à Yvone Baky, elle a été nommée consul de l'Equateur au Liban. Elle avait 25 ans. Elle a continué à faire ce travail jusqu'à ce qu'elle a quitté en 1975 à cause de la guerre. C'était justement la guerre qui a mené Yvone à découvrir ses talents artistiques.
Pour Yvone, le fait qu'il y a des gens qui s'entretuent à cause de la différence de leur religion, était absurde et horrifiant. Elle a alors commencé à dessiner, c'était son propre moyen de condamner cette guerre. Elle a tenu une exposition qui a réalisé un grand succès. Elle était également l'ambassadrice de l' Equateur à Washington. Elle s'est en outre présentée aux élections présidentielles équatoriennes. Et bien qu'elle ait perdu,Yvone croit qu'elle a quand même réalisé une certaine victoire. Elle est actuellement la ministre équatorienne du commerce extérieur.
Le point tournant dans la vie de Leila Dassoum, était la visite qu'ont effectué en Equateur, Cheikh Ahmed al Seify et Cheikh Ahmed al Mahdi. Elle les a rencontrés en tant que la seule musulmane du pays, et depuis elle a commencé sa mission comme prêcheuse islamique. Elle s'est divorcée de son mari non musulman et elle s'est remariée d'un équatorien musulman, Juan Sicario, qui a choisi le nom musulman de Yehya. Ensemble, ils ont fondé le centre islamique en Equateur.
Date de diffusion: Le 5 Août-2005

|
|
|
|
|
|